Casablanca : David Giguère et son charme fou

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David Giguère nous revient avec son deuxième album, Casablanca, coréalisé par Jonathan Dauphinais (membre de Beast et qui travaille avec des artistes comme Ariane Moffatt) et Jean-Phi Goncalves (Beast et Plaster). Il livre des compositions d’homme blessé, mais capable de se relever (comme l’indique cette pochette complètement éclatée).

Diplômé en 2010 en interprétation théâtrale du Collège Lionel-Groulx (en banlieue nord de Montréal), David Giguère possède cette indéniable qualité d’être une bête de scène et de posséder un fort charisme. À sa sortie de l’École, il a joué dans plusieurs pièces de théâtre, au cinéma (la comédie Starbuck) et plus récemment à la télé (l’audacieuse Série Noire).

En 2012, il lance Hisser Haut, coproduit par sa «marraine artistique» Ariane Moffatt. Il fait alors une électro-pop naïve et spontanée. Il se produit en première partie de sa mama, de Cœur de Pirate et de Bénabar.

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Ce deuxième album est sans contredit plus sombre. Exit les chroniques de vie smooth et joyeuses, bonjour les sentiments exacerbés jusqu’à se perdre. L’émotion est là. Avec sa voix éraillée, David Giguère traite de la fin d’une relation amoureuse très intense. Sur Hisser Haut, il chantait dans Permettez-moi en duo avec Fanny Bloom : «Permettez-moi de parler de moi à la première personne, la deuxième est partie, avec mon cœur bien sûr et mon corps est ici». Cette fois, après une panne d’écriture de deux ans causée par cette rupture, le chanteur s’est permis d’écrire sur ce qu’il vivait. Il faut aussi comprendre que les chansons de Hisser haut datent de son adolescence.

L’album commence par la pièce Tuons nos enfants. On perçoit des samples de moments de vie, des bruits divers, des grésillements, du piano, une coupure sèche. Puis, on entend la voix murmurée de Giguère. Elle est tremblotante, comme s’il était au bord des larmes. C’est un texte violent, cru, troublant. On comprend que l’on écoutera un album intime et on sent que la plaie n’était pas encore cicatrisée pendant la création.

Est-ce que c’est un album idéal à écouter lors d’une rupture? Pas vraiment. C’est trop tranquille au niveau musical. On aurait voulu un tantinet plus d’exploration ou de dureté. Tout est down-tempo, les mélodies rappellent fortement les XX ou Beach House. Par contre, les phrases-choc des textes et l’émotion qu’apporte David Giguère contrebalancent cette ambiance assez uniforme dans l’ensemble.

Les textes ont été maintes fois réécrits et Giguère a d’ailleurs bénéficié des services d’un «conseiller dramaturgique» (une sorte de critique et réviseur de paroles), ceux de son ami et acteur Emmanuel Schwartz.

On ne s’éloigne pas trop des chansons plus électro de son premier disque, mais on remarque une grande évolution. Les mélodies sont plus travaillées, plus raffinées. On constate également que le jeune artiste aime créer avec des gens talentueux comme le guitariste Joseph Marchand (Forêt) ou le clavériste  Christophe Lamarche (qui a travaillé avec Jimmy Hunt).

La Noyade avec Mami Wata est une des rares chansons avec des chœurs. On y retrouve une jolie harmonie qui reprend les éternelles métaphores marines de David Giguère. La chanson est vite répétitive. L’Échec de l’odéon et Aimer aimer font mieux au niveau des textes, en plus d’avoir des ambiances calmes légèrement groovy.

Après Pierre Lapointe et sa Sexualité et Le sexe de Keith Kouna, le jeune comédien et auteur-compositeur-interprète a appelé la pièce titre de l’album La Pornographie. Ah, décidément, que des obsédés ces chanteurs québécois ! Blague à part, le thème du sexe donne souvent des morceaux uniques ou parfaits pour être dans un certain mood. C’est bien le cas dans cette chanson minimaliste et très sensible. Elle est très jolie, même si encore une fois, la chanson ressemble beaucoup trop au XX (surtout la pièce Intro et Angels).

La Honte est probablement LA pièce de Casablanca et le texte est superbe. Des coupures de son et un crescendo donnent beaucoup de force à la chanson. Les blancs semblent prendre la forme de moments de suspension ou de vide existentiel. C’est puissant.

Certaines chansons sont très directes et ne passent par quatre chemins pour évoquer la détresse et le ressentiment comme Tuons nos enfants ou Gun. Des dizaines de métaphores sur l’amour qui tue sont présentes dans les paroles.

L’auteur-compositeur-interprète évoque aussi sa quête identitaire, sa relation avec ses parents, son enfance dans la dernière partie de l’album. Des thèmes qui se retrouvaient déjà dans Hisser haut. En effet, son père est Québécois, sa mère était Française (elle est décédée pendant son enfance). On entend sa voix tirée d’archives familiales dans la chanson Albert Prévost.

David Giguère a 25 ans et il est fort probable qu’il prenne une direction différente après cet exercice d’extériorisation. Pour l’instant, Casablanca est un bon album et annonce le changement.

Meilleurs morceaux : La honte, l’Échec de l’odéon, Aimer aimer

Casablanca disponible dès maintenant.

Vous pouvez l’écouter ici jusqu’au 10 mars : http://www.espace.mu/chanson-pop/lu-vu-entendu/9942
Ou vous pouvez écouter des extraits et acheter l’album sur son site officiel : http://www.david-giguere.com/musique.php?album=337#.Uxqh4Pl5OSo

Il sera en première partie des concerts de la tournée de Louis-Jean Cormier au Québec.

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