Rencontre avec Coffees & Cigarettes

Renaud et Caroline lèvent le voile sur l’univers de Coffees & Cigarettes

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Alors que le clip de London Western vient d’être dévoilé, Les Insouciants reviennent sur leur rencontre avec Coffees & Cigarettes presqu’un mois après leur passage au Réservoir, accompagné de Manu et Oktobre, pour lequel nous étions présents (souvenez-vous!).

Lundi 2 juin 2014, le rendez-vous était donné dans un pub, comme un clin d’œil à l’univers londonien de Coffees & Cigarettes. Comme Renaud aime à le dire, Coffees & Cigarettes, c’est un duo ; c’est donc tout naturellement qu’il est accompagné de Caroline, l’altiste présente sur tous les concerts, pour nous parler de son projet autour d’une bière.

 

Les Insouciants : Le nom Coffees & Cigarettes a-t-il un lien avec Jim Jarmush, ou rien à voir ?

Renaud : Ah bah si, totalement ! Parce qu’on est des gros fans de cinéma ; dans l’album, il y a pleins de références au cinéma, à des réalisateurs, il y a des samples de films, etc. Et donc, quand j’ai voulu rendre hommage à tout ce que j’aimais quand j’ai créé ce projet, je me suis dit qu’il fallait que je rende hommage à la littérature, aux films, etc., et que je fasse un mix de tout ça, que tout soit cohérent dans l’univers londonien que j’aime beaucoup.
Et forcément, quand j’ai cherché un nom, je me suis dit qu’il fallait un nom anglais qui sonne très folk rock, et je me suis dit que Coffees & Cigarettes, c’était juste parfait, ça rend hommage au cinéma, à Londres, et aux trucs qu’on aime beaucoup ! Tout simplement, cafés et cigarettes !
C’est venu assez rapidement, parce que dans les autres groupes pour lesquels j’ai travaillé, on s’était mis à chercher des noms de groupe, et on a galéré. Là, c’est venu direct, et ça ne m’a pas posé de problème de me dire que c’était un nom anglais pour des chansons qui allaient essentiellement être en français. Peut-être, c’est vrai, quand les gens voient ce nom-là, ils s’attendent à un groupe très folk rock qui va jouer en anglais. Moi, je m’y suis fait, je réfléchis même plus à ce nom que j’ai choisi. C’est comme Téléphone, j’imagine que, quand ils ont choisi le nom, ils ont dû se dire, « oh, c’est génial Téléphone !« , et puis au final, c’est un téléphone quand même, on est d’accord ! Mais c’est vrai qu’au final, c’est cafés et clopes…

 

J’aimerais, sur des dates parisiennes, pour la fin de la tournée 2015, avoir un quatuor sur scène ; ce serait monstrueux !

 

Qui est Coffees & Cigarettes ? Es-tu seul, ou peut-on parler de groupe ?

Renaud : Je considère que c’est mon projet. J’ai travaillé dans différents groupes dans lesquels j’étais toujours un musicien additionnel, je jouais de la guitare, je jouais du clavier, je jouais de la basse. Et là, je suis arrivé avec mes propres chansons en me disant que j’allais monter mon projet.
Après, je déteste l’image de leader, j’écris les chansons, l’univers vient de moi, etc. Mais c’est pour ça qu’en interview, ou même sur scène, j’aime cette idée de duo, qui est même représenté dans le nom du groupe. Et toute l’histoire est créée sur ce format duo, il y a pleins de chansons qui parlent de duel. Parce que Caroline fait autant partie du groupe que moi.
Bien sûr, d’une certaine façon, je suis forcément en avant parce que c’est moi qui chante, mais j’aime bien l’idée de toujours défendre les musiciens avec qui je travaille à la même hauteur, parce qu’ils font un boulot que je ne pourrais pas fournir, tout ce qui a été l’écriture des cordes, même si j’ai l’oreille, je laisse toujours une totale liberté aux gens de réadapter.

 

Y a-t-il d’autres personnes impliquées dans ce projet ?

Renaud : Oui. Alors, sur l’album, c’est une violoniste qui joue, Eloïse, ce n’est pas un alto comme celui de Caroline, et comme elle est enceinte de 8 mois et demi…
Au final, tout est arrivé super vite, Eloïse est arrivée en remplacement  à 2 mois de l’enregistrement de l’album, parce que mon altiste est partie vivre en Belgique. Au bout de 2 mois, on a travaillé les morceaux et je lui ai dit qu’on allait enregistrer l’album, après je lui ai dit qu’on avait signé sur un label, et enfin qu’on partait en tournée. Elle a assuré des dates comme ça et au bout d’un moment, voilà, la vie, un bébé, et elle m’a appelé, elle m’a dit, « je ne pourrais plus suivre les dates« .
J’ai recruté 5 cordes, que des nanas, parce que c’est le projet aussi qui veut ça, et c’est Caroline, maintenant la principale, qui est sur toutes les dates en fait. Après, j’ai aussi un violoncelle, j’ai encore une autre altiste et une autre violoniste. Au vu du nombre de dates qu’on fait, c’était pas sûr que Caroline puisse assurer sur toutes les dates, comme elle a un boulot à côté. Moi je suis intermittent, je fais que ça, mais voilà, comme on a minimum 90 dates par an.

 

C’est pour ça qu’au final créer un style musical se faisait plus, plutôt que de se cataloguer dans un seul qui serait la chanson française ou la variété.

 

Est-ce que ça change quelque chose au niveau du son ?

Renaud : Oui. Et puis ce que j’adore, bon déjà c’est que des nanas, mais elles ont toutes un caractère différent, scéniquement, dans la façon de jouer de l’instrument. Par exemple, on a une violoniste qui est gauchère, du coup tout son cordier est à l’envers, donc déjà rien que vis à vis de son jeu, ça n’a rien à voir. Et puis j’ai la chance d’avoir l’étendue totale d’un quatuor, j’ai les violons qui sont plutôt la partie la plus aigüe des cordes, l’alto qui est entre les deux, et le violoncelle qui est beaucoup plus grave, plus épais, et qui va être beaucoup plus lyrique.
J’aimerais, sur des dates parisiennes, pour la fin de la tournée 2015, avoir un quatuor sur scène ; ce serait monstrueux !
Mais pour revenir à Caroline, on a de plus en plus une grosse complicité scénique alors que ça fait que depuis février qu’on est ensemble. Elle devient très clairement, pour moi actuellement, la corde principale parce qu’on enchaine des dates comme des fous et ça donne super bien alors qu’on ne se connait que depuis très peu de temps. Je l’ai recrutée deux semaines avant un concert à La Dame de Canton. Mais ça s’est super bien passé. Et ce qui m’a touché, c’est que les gens m’ont demandé, « mais ça fait combien de temps que vous bossez ensemble ? Parce qu’il y a une vrai complicité entre vous« . Et voilà, je me suis dit que là, on avait gagné. Ça ne se voyait pas que c’était tout récent, et on avait réussi à développer une complicité rien que sur le premier concert. C’est vrai que c’est une des rares cordes avec qui, humainement et sur pleins de choses, ça se passe très bien ; et sur scène, il y a des évidences, juste d’un regard, on sait.

Caroline : On se sent beaucoup en fait, (rires), enfin on se sent, dans le sens, musicalement ; on se ressent d’ailleurs je devrais dire !

 

Quelles sont vos principales influences ?

Renaud : On aime des trucs totalement différents ; j’adore le hip hop, j’adore Oxmo PuccinoMc Solaar, j’adore pleins de choses. Après, on écoute de tout, on écoute beaucoup de classique, on écoute du hip hop, on écoute de l’électro.
Quand j’ai composé, le plus dur, ce n’était pas d’écrire, c’était plus de composer dans un style musical qui était proche du personnage que je décrivais. Je n’aurais pas pu faire un album qui aurait été de A à Z un album de rock où toutes les chansons se ressemblent comme on peut avoir certaines fois.
Ce qui fait que nos influences musicales, même si on les a, elles ne sont pas forcément ressenties dans cet album. Mais bien sûr qu’on y a mis ce qu’on aimait, on ne s’est pas mis à jouer du métal ou du musette sous prétexte que l’album aurait voulu ça, mais au contraire je me suis fait plaisir à mettre des choses que j’aimais en essayant de garder la ligne directrice de l’album concept.

 

On parle de hop’n’roll pour décrire l’univers musical de Coffees & Cigarettes.

Renaud : En fait, j’adore dire ça parce que ça met souvent les gens mal à l’aise. Mais c’était un pied de nez aux journalistes justement qui me disaient, « alors, vous êtes un peu chanson, un peu rock’n’roll, un peu ci, un peu ça« . Je me suis dit que j’allais créer ce qui ressemble à notre style musical, quelque chose qui n’existe pas. Il y a un côté hip hop que j’ai défendu, et ce côté rock’n’roll que j’ai toujours eu dans les différents groupes ou différents projets pour lesquels j’ai travaillé, et qui a toujours été là ; donc hop & roll !
C’était vraiment une volonté de me dire qu’on n’a pas vraiment de style musical défini. C’est vrai qu’on utilise plutôt des codes, les codes de certains styles musicaux, je ne me considère pas comme un chanteur de rap, j’utilise les codes du rap, et j’utilise des codes de la chanson. C’est pour ça qu’au final créer un style musical se faisait plus, plutôt que de se cataloguer dans un seul qui serait la chanson française ou la variété.

 

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© Dominique Planche

 

Comment est venue cette idée de projet musical, mélangeant musique et visuel ? Tout d’abord, qu’est ce qui a déclenché l’écriture ?

Renaud : J’ai créé, à la base, une histoire, j’avais tout écrit, 1 truc de 300 pages. En fait, quand j’ai écrit Whitechapel, je me suis rendu compte qu’il y avait tout un univers qui découlait de cette chanson, c’était dans le Londres victorien, de Jack l’Eventreur, il y avait un côté dessin animé, un côté Tim Burton, aussi Edgar Poe, et je me suis dit que j’avais envie d’écrire tout un album là-dessus. Donc j’ai d’abord écrit tout un roman avec les personnages, des histoires, et après j’avais plus qu’à piocher, j’avais mes passages, j’avais les images dans ma tête, comme un film en fait, comme si je me passais une pellicule et que je me la repassais en boucle. Après, j’avais juste à utiliser mes codes, mes images, mes champs lexicaux, que sont le cinéma, la littérature, etc., pour faire mes chansons. Et au final, le travail d’écriture a été très vite, parce qu’il était déjà prémâché par le roman.
Je n’aime pas vraiment dire ça, mais je vais le dire quand même, c’est un album concept, dans le sens où il y a vraiment un thème qui se déroule, une histoire. Je n’ai pas voulu imposer quelque chose au final, je préférais que les gens s’imaginent la tête des personnages, s’imaginent ce qu’il se passe. J’adore justement quand il y a des gens qui viennent nous voir à la fin d’un concert et qui nous disent, « tel personnage, il est comme ci, il est comme ça« , alors que moi, je le vois pas du tout comme ça. Je préfère justement que les gens, un peu comme avec un roman, ils lisent et ils voient le personnage à leur façon, et ça leur parle mieux.
En live, j’essaye de créer ça : la présentation de l’univers avec le prologue et le Coffees & Cigarettes bar, après on a tous les personnages qui arrivent, qui sont Archibald, Jesse Juice, Douce, le gang des 4 assassins, et ensuite l’intrigue se déroule, jusqu’à l’arrivée, à la fin, de l’épilogue. Donc, ça fonctionne presque comme un opéra, c’est un peu prétentieux de dire ça, mais on a l’ambiance, les personnages, et l’intrigue.

 

Et tu n’as jamais pensé à écrire en anglais ?

Renaud : Si, mais ce n’est pas venu bizarrement sur cet album. Dans London Western, il y a des mots qui passent en anglais, dans Souvenir fantôme, le refrain est en anglais. Mais il y a des chansons que je n’ai pas mises sur l’album, qui font partie de tout l’univers et de toute la compréhension de l’histoire, des chansons entièrement en anglais. J’avais cette prétention de me dire qu’on a quand même une bonne langue en France, qui est très peu exploitée dans le rock je trouve, dans l’électro pas mal aussi. En plus, l’anglais, ce n’est pas ma langue maternelle ou natale et j’ai pas envie d’utiliser des codes si je ne les maitrise pas.
Et je n’avais surtout pas envie que ce soit un cache misère, je compose en anglais, ils ne vont pas comprendre. Non, j’avais envie justement que les jeux de mots par exemple que je vais instaurer ou tous les hommages au cinéma ou à ce genre de choses, que j’arrive à les respecter aussi en anglais, donc ça me demandait de maitriser aussi la langue vraiment.

 

Donc, il y aurait déjà matière pour faire un autre album ?

Renaud : Si je voulais, je pourrais faire un autre album.

Caroline : C’est toujours dans sa tête. Moi, j’ai pas du tout participé à cet album, mais je lui ai dit que, comme il avait un univers très particulier sur celui-là, ça va peut-être être très dur finalement d’en faire un second derrière. Mais il fourmille d’idées, c’est quelqu’un qui a pleins de choses qui se passent dans sa tête. Moi, comme je ne suis pas une créatrice du tout, je suis plus du genre à profiter déjà de ce qu’il y a maintenant, que l’album est fait, les concerts, en parler aux gens, plutôt que de se remettre dans un truc créatif.
Mais je pense que c’est malgré lui, je pense que c’est pas quelqu’un d’hyper serein, c’est sa nature, et je pense qu’il a besoin de créer, c’est des choses qui le rassurent en fait, qui le mettent en confiance ; mais oui, il est déjà dans sa tête sur le deuxième. Et moi, je suis juste sur le premier qui vient de sortir.

Renaud : Dès que j’ai une idée ou un truc qui vient, je me mets à écrire, je sais qu’il y a des gens qui se forcent à écrire tous les jours, qui ont une certaine régularité, moi ça me vient comme ça ; souvent j’ai un truc qui me trotte dans la tête depuis un moment et faut que ça sorte, et ça peut sortir à n’importe quel moment de la journée, c’est un peu le problème, ça m’est arrivé de me relever de mon lit pour aller écrire.
Je suis toujours dans la dynamique de ce qui va arriver après en fait, je vis jamais le moment présent vraiment, je pense toujours à l’après. On n’est pas en train de faire cette interview, moi je suis déjà à Angoulême le 15 février.

quand je lance une idée, ce que j’aime c’est que ça rebondit

Caroline : Mais je pense que là-dessus, on se complète, parce que moi pour le coup je vis vraiment le truc au moment précis, je vais jamais beaucoup plus loin que le bout de mon nez finalement, je ne vais pas plus loin que ce qu’il vient de se passer il y a 1h. Alors que lui, il voit carrément ce qu’il va se passer dans 12 mois.
Je ne connais les chansons que depuis début février, donc c’est vraiment tout nouveau ; et j’ai presque envie de dire que faire de la scène tel que je le fais maintenant, c’est quasiment nouveau aussi parce que je suis issue du classique, et les formations pop rock que j’avais, c’était moins stylisé, donc il n’y avait pas de costume de scène, de plumes, donc du coup, c’était une approche vraiment différente. Et moi je prends vraiment le truc comme ça vient ! Un peu à la cool, j’avoue, des fois.

Renaud : Justement, ce que j’aime avec Caroline, c’est qu’elle a une rigueur classique et elle va prendre les morceaux, elle va dire, « il y a tant de mesures à tel endroit« , et moi j’adore ça, parce que, c’est pas que je n’y comprends rien, mais je ne fonctionne pas du tout comme ça, je fonctionne avec un ressenti total. Moi ça fonctionne comme ça parce que je l’entends comme ça, et elle, ça fonctionne comme ça parce que c’est écrit comme ça.
Ce qui fait que quand elle dit qu’elle prend ça à la cool, je trouve que ce n’est pas vrai, elle a un énorme investissement sur ce qu’on fait, ce qui n’était pas le cas de mes autres cordes, quand je lance une idée, ce que j’aime c’est que ça rebondit. Même d’ailleurs des fois on se prend carrément la tête. J’avais l’impression de me prendre la tête tout seul souvent, parce que c’était comme un bébé, c’est mon projet, et au final je vois que ça devient de plus en plus le sien, et c’est d’autant plus touchant parce qu’elle y met de l’importance, elle y met du cœur.

Caroline : Quand je dis à la cool, c’est par exemple, je n’ai même pas réfléchi au fait que dans dix mois, on puisse être méga saoulé, enfin un peu moins actif sur les chansons lors des lives, on va peut-être être moins investi et il faut penser à comment rebondir, donc peut-être remanier les chansons, peut-être changer les ordres, en enlever, en rajouter, il va falloir penser à ça.

Renaud : Elle me dit souvent je suis Coffees & Cigarettes, je me lève Coffees & Cigarettes; j’ai tendance quand même à prendre du recul sur le temps qui passe, par rapport à ce que je suis en train de faire. En plus, je suis intermittent, donc l’angoisse des 43 cachets, le temps, je le vois passer, donc il faut absolument que les choses se renouvellent.

 

Et d’où vient l’idée des costumes ?

Caroline : Je ne sais pas trop comment c’était avant, mais je pense que c’était un peu à la roots ; et quand je suis arrivée pour le premier concert, je lui ai dit, « mais alors comment je m’habille ?« . Et puis il m’avait dit, « un peu gothique« . Moi, tu vois, je ne suis pas du tout gothique, je trouve que ça craint ; enfin, je ne lui ai pas dit, j’avais fait, « ah ouais ! D’accord, super ! » (rires) Alors qu’en fait, je trouvais ça trop naze ! Donc j’avais mis un truc un peu plus pin-up, et puis je voyais bien que ça ne marchait pas. Mais en même temps, j’avais remarqué que les gens avaient bien aimé qu’on soit tous les deux fringués, les gens nous en parlaient après.

Renaud : Moi je jouais déjà fringué. En fait, au final elle ne le sait pas, je vais lui dire un truc mais, c’est le même principe qu’avec les parties que j’écris musicalement pour les cordes, j’aime bien cette idée qu’ils aient une vision du truc. Donc quand elle est arrivée avec ses fringues, je lui ai dit que c’était un mélange de ci, de ça, parce qu’au final je voulais voir comment elle, elle aurait amené le truc vestimentairement parlant sur le projet. Et donc, d’elle-même, elle a amené des fringues, et ça fonctionnait, parce qu’en plus elle était à l’aise dedans sur scène, et que ça fonctionnait avec l’univers, point barre, il n’y avait pas de code vestimentaire à donner.
Moi au début je jouais avec une lavallière, j’étais très guindé ; maintenant je suis un peu plus rock’n’roll, je reste toujours dans cet univers très londonien, j’ai ma chaine avec ma montre à gousset. Et voilà, elle arrive avec son corset, ses jupes, voire ses trucs un petit peu affriolant, avec de la dentelle, et ça fonctionne super bien.

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Caroline 
: J’adore parce qu’il n’y connait rien en fait ! (rires)
Je n’ai rien en dentelles ! C’est du tulle !

Renaud : Bah oui, je n’y connais rien ! J’ai pas l’habitude de mettre du tulle en permanence, excuse-moi !
Mais je vois le résultat et ce que ça donne sur scène. C’est pour ça que j’ai tendance à faire confiance à mes musiciens là-dessus ; et puis de toute façon, il y a le public qui nous rappelle à l’ordre si ça ne fonctionne pas.

Caroline : Et puis pour nous, c’était vraiment logique d’avoir une tenue de scène. C’est rigolo parce que cette discussion, ça me fait penser à une réflexion qu’on a eu quand on était dans les coulisses juste avant un concert. Il y avait des membres d’un autre groupe qui trainaient dans les coulisses aussi. J’étais habillée vraiment comme une mendiante toute la journée, et je me change, je me coiffe, met du rouge à lèvres, tout le bazar, et l’un vient me voir et me fait, « ah ouais ! Mais en fait, tu as une tenue de scène et tout ! » Et je lui dis, » nan mais attends, t’es sérieux, t’as cru que j’allais être là avec mon pauvre jeans baggy à moitié sale ?« , et il me fait, « ça m’aurait pas choqué« . Moi, ça me semblait évident.

Renaud : Pour moi, c’est un moment très important, on peut dire n’importe quelle connerie, délirer de n’importe quoi, à partir du moment où je prends ma chemise, je commence à mettre mon veston, je rentre un peu dans la dynamique du concert. Juste le fait de changer de fringues, ça y est, c’est le début du concert, tu es déjà dedans. J’irais jamais dans ce que j’appelle les fringues cra cra de la journée.

 

Et les visuels, ils sont venus comment ?

Renaud : Les visuels sont venus après. J’ai écrit toutes les chansons et ensuite je me suis dit qu’il fallait absolument que je trouve des choses qui collent. Donc au début, banalement, j’ai téléchargé énormément de vidéos avant de commencer à monter, et après je me suis intéressé aux droits des vidéos (rires). Et là, je me suis rendu compte qu’il y avait des choses qui étaient libres de droits, d’autres pas, donc il fallait que je retravaille mes vidéos. Je suis allé chercher des réalisateurs indépendants pour savoir comment ça se passait avec les droits et j’étais étonné que la majeure partie me cède les droits. La vidéo d’intro de notre live est faite par un canadien qui s’appelle Simon Bérubé, et quand je l’ai contacté en disant, « c’est totalement Coffees & Cigarettes, je veux cette vidéo« , il m’a dit, « mais prend-la, fais-en ce que tu veux« , et ça m’a fait énormément plaisir.
J’ai téléchargé 5 000, 6 000 vidéos, une base de vidéos énorme pour arriver parfois à illustrer juste un mot de la chanson; dans London Western, il y a la verveine, le Jack Daniels, tous ces trucs-là, donc il fallait que je trouve vraiment une vidéo de dessin animé – c’était le code – qui corresponde. Donc ça a été au final presque plus long de faire tout ce montage pour le live que de composer l’album.

 

Et il y a des images que tu voulais vraiment utiliser mais que tu n’as pas pu ?

Renaud : Il y a pleins de choses que j’aurais voulu faire ou que j’ai essayé. Mais au final, ce n’est pas tant que je n’ai pas pu le faire, c’est que ça ne marchait pas. Mais par exemple sur Jesse Juice, je cite Tintin et Milou, Indiana Jones, etc., et si j’avais dû mettre les images de tous ces gens-là, j’aurais eu, je pense, de gros problèmes de droits !

 

Pourquoi avoir choisi le Londres de l’époque victorienne pour le cadre ?

Renaud : C’est un univers littéraire et une période que j’aime beaucoup ; le côté Jack l’Eventreur, et puis pas mal de réalisateurs qui ont un univers assez sombre comme ça. Et j’aimais l’idée assez cartoonesque de prendre un univers très sombre ; par exemple, Whitechapel, le premier morceau sur scène, derrière nous, il y a une vidéo projection où l’on voit un meurtre, donc c’est vrai que pour amener les choses, ce n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux ! Mais certaines compositions, c’est un peu comme un univers de Tim Burton, c’est-à-dire que le fond est très grave et très sombre, mais il y a énormément de lumière au final ; c’est un peu l’effet Magicien d’Oz, ça commence en noir et blanc et puis ça arrive en couleurs. Et c’est ce que je voulais, avoir une trame, un fond et toute une histoire qui est assez sombre, et d’amener ça de manière un petit peu plus joyeuse comme les génériques de dessins animés.

 

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Tu as utilisé le site de crowdfunding Ulule pour l’album, tu peux nous en parler ?

Renaud : C’est super compliqué dans le sens où je suis issu de la musique indépendante ; dans tous les groupes que j’ai eu, on était ambiance débrouille, ce qui fait que, quand je suis arrivé avec Coffees & Cigarettes, j’avais pas la prétention d’aborder une musique qui pouvait toucher un label, voire qui aurait pu être distribuée ou vendue dans la grande distribution. Donc je me suis dit, « quoi de mieux que de le faire financer par ses fans ? » Sauf qu’au moment où on a fait la première partie de Manu, c’était en plein financement du Ulule, et donc notre manager/producteur David est arrivé et m’a dit, « combien il te manque pour ton album ?« , et je lui ai dit, « bah, ça dépend comment on le sort, si c’est juste pour le vendre à la fin du concert, ou si on le sort dans les bacs« . Il m’a dit, « peu importe combien il manque, je produis ton album« . Donc, le financement Ulule, au final, nous a servi bien sûr pour produire l’album, mais c’était une partie infime de la somme qu’on a finalement mis dans l’album et dans tout ce qu’on a déployé, parce qu’après, justement, on a eu des personnes qui se sont occupées de la promo. Donc voilà, le chemin qui était prévu à la base a bifurqué d’un coup grâce à David, grâce à Manu. Moi, je voulais juste sortir un album, qui aurait été d’ailleurs, je pense, différent sur le concept.

 

Oui, parce qu’il y a eu des changements, non ?

Renaud : Je voulais rapprocher le produit d’un roman, et donc je voulais le sortir en format dvd et mettre à l’intérieur un livret avec les paroles et des illustrations de mon graphiste, et arriver sur un format un petit peu spécial pour le projet. Et quand je suis arrivé sur le label, avec la distribution, on m’a dit, « oublie, ça va être trop atypique et ça ne sera jamais mis dans les bacs« . Je n’avais pas pensé au côté bankable, rentrer dans les bacs, moi je pensais juste aux fans et à récompenser leur financement. Donc c’est vrai qu’on a essayé de faire le plus beau produit possible, un album assez conséquent ; et puis après on a rajouté des cadeaux sur ce qui était prévu sur le Ulule.
Mais j’étais assez déçu quand on m’a dit que les paroles dans un album, ça ne se faisait plus, et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai fait, à tous les souscripteurs et tous les gens qui nous avaient financé l’album, un livret numérique que j’ai envoyé après, avec les illustrations aussi, ce que je voulais faire au final à la base. C’est le côté 17 titres, plus les paroles, ça donnait l’impression de noyer le tout.
Le livret, pour le moment, on a laissé l’exclusivité aux gens qui avaient réservé l’album et bientôt il sera en téléchargement sur notre site internet, parce que ça me semble normal.
Il y avait aussi un autre truc qui me gênait, et c’est justement le label, la production qui m’a mis un peu le doute là-dessus : j’ai toujours l’impression de faire du mieux que je peux, mais je ne sais pas si j’ai une qualité littéraire qui mérite d’être lue. Donc le premier truc que je me suis demandé : est-ce que mes textes sont assez bons pour être lus ? J’ai pris ça comme un doute vis à vis de mes textes. Mais au final j’ai eu de très bons retours sur les textes quand j’ai envoyé les livrets.

 

Et les illustrations de l’album, elles sont de qui ?

Renaud : C’est mon graphiste, Michael Danieau. C’est quelqu’un qui était d’abord fan du groupe, qui m’avait découvert en concert, et un jour il m’a fait voir ce qu’il dessinait ; j’ai fait, « on va essayer de travailler ensemble« . Et c’est vrai qu’il n’était pas habitué à toute cette production, on lui a fait refaire une centaine de fois les trucs, jusqu’à trouver l’idée, donc je l’ai énormément épuisé mon graphiste ! Il a été génial et je suis très content de ce qu’il a fait. Il a une patte, on reconnait tout de suite ce qu’il fait ; quand on voit ses autres dessins, il y a un truc très dessin animé qui collait tout à fait à l’univers de Coffees & Cigarettes.
Et ce que j’aime, c’est que le truc a l’air sombre au premier abord, noir et rouge, mais les personnages sont assez marrants, on a l’impression un peu d’être dans un Lucky Luke, d’ailleurs l’hommage est très clair quand on voit le personnage entre les jambes. Je le trouve pas dark cet album quand je le vois comme ça, mais après peut-être que les gens ont ce retour-là. Mais c’est pour ça que je dis justement que j’aime bien quand les gens me disent presque le contraire de ce que je défends, parce que je laisse la totale liberté aux gens d’y voir ce qu’ils veulent.

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17 chansons sur cet album ; c’est assez conséquent, surtout quand on compare aux albums qui sortent en ce moment, ayant une moyenne de 10 titres ?

Renaud : A la base, il ne devait vraiment y en avoir que 13 ; après, je me suis dit que j’avais envie de mettre Streetfighter en bonus track, parce que c’est un hommage aux jeux vidéo et je voulais absolument le mettre. Et quand j’ai voulu trouvé une structure à l’album, je voulais intégrer des interludes, pour lui donner un côté conte, et donc c’est vrai qu’il y a des pistes qui durent 40-50 secondes ; c’est un peu comme un opéra avec les arias, c’est le côté récitatif où l’on explique ce qu’il se passe, avec l’impression de tourner des pages. Je me souviens quand j’étais petit, on mettait une cassette dans un poste, et puis il y avait une petite clochette quand il fallait tourner la page ; c’est un peu cette idée-là en fait.
C’était le petit jeu, il y a pleins de trucs de mon enfance qui sont dans cet album en fait. Ça commence par un sample d’un dessin animé français qui s’appelle Le Roi et l’Oiseau, que j’adore, et c’est un truc que je regardais quand j’étais tout petit en vhs.
Mais c’est vrai que quand on le prend dans sa globalité, on le met dans une chaine, on voit qu’il fait à peu près 1 h, il fait pas plus qu’un autre album, mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de pistes.
Habituellement, un album, c’est 10-13 titres…Bah nous, on en a 17 ! C’est d’ailleurs pour ça qu’elles ne sont pas toutes notées derrière la pochette de l’album, ça laisse la surprise et ça évite un truc un peu indigeste de se dire qu’il y a 17 pistes. Streetfighter n’est pas noté, et tous les interludes ne sont pas notés ; au final, on a que 13 titres de notés.

 

Des anecdotes sur certains titres ?

Caroline : On a enlevé une chanson du set à cause de moi. Et au final, on nous a dit, « ah ! Mais c’est quoi ce bordel ?! Ça fait deux fois qu’on vient aux concerts, et ça fait deux fois qu’on n’entend plus L’hôtel des instants volés », et je leur ai dit que c’était de ma faute. Parce que cette chanson, ce n’est pas que je ne l’aime pas, c’est que je ne la sens pas. Pour moi, elle ralentit le concert, alors que ce n’est pas du tout ça. En fait, elle aère le set, et c’est des trucs que j’ai compris il y deux jours. Effectivement, il faudra réfléchir à la remettre. Il y a un truc avec cette chanson, et j’ai du mal. Mais les gens l’aiment, donc il faut la remettre.

Renaud : C’est comme la chanson Douce, qui est un peu bizarre dans l’album, qui est le seul morceau joyeux, dans une ambiance différente ; et souvent, mes musiciennes ont du mal avec ce morceau-là.

Caroline : La première fois qu’il est venu chez moi pour répéter, cette chanson, Douce, je la trouvais naze, et en fait il m’a expliqué toute la chanson et j’adore la jouer ! Maintenant sur scène, je m’amuse vachement, j’ai eu un déclic sur Douce, assez rapidement, que je n’ai pas du tout encore sur L’Hôtel des instants volés. Mais tout vient à point à qui sait attendre, donc je pense que ça viendra.

 

c’est comme s’il y avait un troisième membre du groupe qui ne pouvait pas être là

 

Pour finir, on peut dire que c’est quand même un projet original.

Renaud : Ça fait plaisir ; quand on dit que c’est original, ça me touche beaucoup parce que je ne réfléchis pas à me dire que je vais faire un style musical. Le fait de prendre une corde, ça peut paraitre bizarre sur un projet comme ça, un peu hip hop où tu as souvent des trucs synthétiques. Mais c’était une volonté justement de faire sonner un instrument que j’aime beaucoup sur un truc où on n’a pas forcément l’habitude de l’entendre vraiment.
Je pense que c’est le concept entier, le fait qu’on soit que deux, un mec, une nana ; une violoniste, les machines, la vidéo, avec une histoire en plus et que des dessins animés derrière nous. Et je pense que c’est ça que les gens voient dans l’originalité du truc, et c’est d’ailleurs pour ça que nos lives fonctionnent moins bien quand il n’y a pas de vidéo par exemple. Ça arrive quand on joue en plein jour, sur un festival, c’est très tendu d’avoir la vidéo, ça nous est arrivé dimanche, on n’a pas pu mettre la vidéo et je trouve que ça manque, c’est comme s’il y avait un troisième membre du groupe qui ne pouvait pas être là.

Caroline : Oui, c’est un autre membre aussi ; il y a des trucs qui se passent qui sont pour nous des signaux pour changer de tonalité ou autre, tu vois c’est comme un batteur qui te donnerait un signal précis, il n’y a que toi qui le vois.

Renaud : C’est quand même moins rassurant de jouer sur des machines que de jouer avec un batteur; le batteur se plante, ou l’un se plante, on rattrape, par contre nous, si nos machines se plantent ou si nous on rate le coche de nos machines, parce que les deux sont complémentaires, on foire le live, on foire la chanson entière ; si on décale le moindre truc, on est fini.
Mais de toute manière, on n’est que deux, on n’a pas le choix, si on veut pallier à un groupe entier, il faut forcément qu’il y ait des pirouettes techniques un minimum sur scène. Et encore, là, je trouve qu’on est soft, les derniers lives qu’on a fait, j’ai rallégé toutes mes machines sur scène pour justement être très à l’aise et donner plus au public, parce que j’ai tendance à être vite accaparé par mon micro et par ma guitare et donc être relativement statique, ce qui me dérange.

 

Mais c’est en projet d’avoir d’autres instruments ?

Renaud : C’est… aaaahhhh ! Le mec qui révèle des trucs ! En fait, il y avait des vieux titres à moi qui n’ont pas été sur l’album, et qui sonnent très rock’n’roll. Et c’est très clair que pour le nouvel album, si on fait comme je l’entends, il y aura au moins trois titres pour l’instant avec un vrai batteur.

Caroline : Oui, et puis, pourquoi pas, ne serait-ce que pour cet album-là, faire des concerts exceptionnels avec basse/batterie, qui pour moi est vraiment le squelette rock. Et puis peut-être après rajouter – allez, on est fous ! – cuivres, cordes… Tout l’Orchestre de Paris quoi ! (rires). Mais voilà, faire un one-shot dans une salle sympa, faire un truc un peu événement, dans l’idée, ce serait cool aussi ; et même pour nous, s’aérer, être sur un autre truc, tout en restant sur l’album quand même.

 

Avec une telle complicité entre Renaud et Caroline, les réponses à nos questions se transforment en vraie conversation, et nous aurions pu y passer encore des heures !
Nous remercions ces deux artistes pour leur disponibilité et leur bonne humeur !

Et on vous laisse donc avec le tout nouveau clip tout chaud de London Western, qui retranscrit bien l’atmosphère visuelle de Coffees & Cigarettes, avec un un mélange d’images filmées en costumes d’époque et d’animations:

Une réflexion sur “Rencontre avec Coffees & Cigarettes

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