Partons à la rencontre de Monogrenade

Nous avons rencontré Jean-Michel Pigeon et Julie Boivin du groupe Monogrenade, de passage à Paris

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Suite à la sortie de l’album Composite le 1er septembre dernier, que nous vous présentions ici, et avant une tournée d’automne à travers la France, Jean-Michel Pigeon, fondateur du groupe montréalais, est passé à Paris pour jouer le jeu de la promo. Julie Boivin, qui était déjà sur Paris, en a profité pour l’accompagner pour répondre à nos questions. Entre passion pour Radiohead et respect du public français, voici notre interview de ces 2 artistes.

 

Les Insouciants : Comment en êtes-vous arrivés à la musique ? Quel est votre parcours ?

Jean-Michel : On est tous des musiciens de formation.

Julie : J’ai étudié là-dedans, j’ai été à l’université en musique classique, en violon classique. Et puis, les filles du groupe qui font violon et violoncelle ont aussi étudié là-dedans. Ca a toujours été dans notre vie.

 

Comment vous êtes-vous rencontrés avec les autres membres ?

Julie : C’est plus Jean-Michel qui peut répondre, même si je commence à connaitre l’histoire (rires).

Jean-Michel : Au début du projet, j’ai commencé à enregistrer des chansons, on a fait une espèce de démo, et quand on préparait des spectacles, on avait besoin de musiciens et puis j’ai appelé des vieux amis, Mathieu et François, le bassiste et le batteur, qui étaient de vieux amis à moi. On a grandi dans le même patelin et on se connait depuis qu’on est jeune. Sinon, Marianne, elle nous a écrit via Myspace, elle a écouté nos chansons, elle aimait ça et elle recherchait des projets, et on l’a engagée. Et finalement, elle est restée dans le groupe jusqu’à aujourd’hui. Les autres filles, c’est des connaissances, on s’était rencontré par l’intermédiaire d’autres musiciens.

 

Mais Composite, ça parle presque toujours de la relation avec quelqu’un ou d’autres personnes

 

Ces 2 nouvelles personnes sont arrivées pour ce nouvel album; avant vous étiez 4, c’est ça ?

Jean-Michel : En fait, au départ on était 3, après Marianne s’est rajoutée et on était 4. Et puis finalement, on tournait toujours avec 2 violons. Mais c’est difficile pour les shows de toujours devoir former quelqu’un à chaque fois; donc on a voulu prendre 2 personnes de plus, 2 violonistes, dans le groupe à temps plein.

 

Et comment s’organise la vie d’un groupe à 6 ? Est-ce que chacun a un rôle pour l’écriture des textes, de la musique ?

Julie : L’écriture, c’est Jean-Michel, compos/paroles, et puis nous, on ajoute des petites touches personnelles.

Jean-Michel : On travaille beaucoup en équipe, c’est plus efficace. C’est difficile de garder une direction à 6 personnes parce qu’il y a le choc des idées, et des caractères. Donc généralement, je travaille juste avec François le bassiste, ou pour le violon je travaille juste avec Julie; on fait des équipes comme ça, et ça va mieux, c’est plus naturel, ça permet de garder une direction.

 

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© Annik MH De Carufel

 

D’où vient le nom du groupe ?

Julie : C’est pas très passionnant ! (rires)

Jean-Michel : C’est vraiment juste pour la phonétique, et il n’y a pas de concept. En fait, notre démo s’appelait La Saveur des Fruits. C’est pour ça « grenade« , « pomegranate » qu’on avait comme ça en tête. Et puis, « mono » pour le coté Lo-fi des maquettes. On a voulu changer après, mais c’était trop tard ! (rires)

 

Etes-vous de ceux qui écrivent sur une musique, ou de ceux qui composent sur des textes ?

Jean-Michel : C’est toujours la musique d’abord. Des fois, en fait, il y a des mots qui me donnent un petit bout de phrase, et après me vient une mélodie. Mais généralement, c’est toujours la musique; je rajoute des « ouh« , des « lala« , tu vois des bons textes ! (rires)

Julie : Ouais, c’est drôle d’écouter ses maquettes parce que je pense qu’il se laisse un peu aller dans le sens où il enregistre ses voix pour voir ce qui sonne bien, ou la rythmique, et puis il y a des mots un peu improbables ou des sons drôles; mais on voit l’idée ! (rires)

 

Du coup, comment vient l’inspiration pour les textes ?

Jean-Michel : Ca dépend des chansons. Des fois, avec le refrain, j’entends vraiment des paroles ou un bout de paroles, et puis après je brode autour. Et il y en a vraiment où je pars de zéro, j’écoute la musique et puis je vois où ca mène. Mais Composite, ça parle presque toujours de la relation avec quelqu’un ou d’autres personnes.

 

on nous demande parfois pourquoi avoir choisi le français, mais c’est juste parce qu’on est francophone, on parle et on pense en français

 

On parle de ce nouvel album comme un voyage rétro futuriste ; pouvez-vous nous expliquer ?

Jean-Michel : Dans le visuel, c’était comme ça déjà. Mais c’est à partir du son, parce qu’on s’est installé dans un studio où il y avait pleins de synthétiseurs, c’est pour ça qu’il y a beaucoup de synthés sur l’album comparativement à notre album d’avant. J’aime bien les vieux sons des synthétiseurs, les vieux sons de batteries, je trouve que ça sonne mieux, c’est moins moderne, c’est un peu comme de l’électro. Et puis, comme ça parle de l’humain, de la psychologie. Dans le visuel ça fait référence au futur, mais de la vision des gens du passé. Je trouve ça plus intéressant de voir les gens, mettons en 1920, comment ils imaginaient le futur. En fait, ce qui est drôle, c’est que ça se ressemble beaucoup, les gens ont toujours vu le futur de la même façon. Donc, c’est un peu pour ça le rétro futurisme. Et puis ça collait bien au niveau image aussi.

 

Et donc la pochette de l’album est dans la continuité de tout ça ?

Jean-Michel : Celui qui a construit le visuel, c’est Christophe Collette, c’est le frère du batteur; c’est lui qui s’occupe de tout notre visuel. J’envoie à Christophe les textes, les idées, les références, et puis c’est lui, pour les images, les clips, qui a la vision de retranscrire ça. Il a la chanson, on lui donne une guideline, parce que des fois les textes et l’intention ne sont pas nécessairement faciles à saisir. Mais Christophe, ce qui est super avec lui, il comprend, c’est un artiste qui n’aime pas juste faire de l’esthétisme, il va faire quelque chose qui colle à la musique justement ou au thème.

 

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Et à chaque fois le résultat correspond à vos attentes ?

Jean-Michel : Nickel !

Julie : Il n’y a jamais eu de conflit, enfin je pense pas, parce qu’il est vraiment talentueux, c’est assez exceptionnel ce qu’il fait. C’est un super bon photographe, il gagne des prix. A découvrir pour les gens qui ne connaissent pas !

 

Le titre de l’album, c’est aussi une chanson sur l’album; pourquoi celui-là ?

Jean-Michel : Je trouve que ça représentait bien l’idée de l’album, la complexité de l’être humain, Composite, pour montrer qu’on était composé de pleins de choses.

 

Les textes sont en français ; est-ce que ça aurait pu être en anglais ?

Jean-Michel : On est francophone; on nous demande parfois pourquoi avoir choisi le français, mais c’est juste parce qu’on est francophone, on parle et on pense en français.

 

Il existe beaucoup d’artistes en France qui chantent en anglais.

Jean-Michel : Mais je me sentirais traitre. De toute façon, ça serait pas bon ! (rires)

Julie : C’est toujours un peu étrange d’entendre des français qui font du rock en anglais, je trouve ça un peu étrange. Je comprends l’idée, de vouloir peut-être quelque chose d’international, mais j’ai l’impression que c’est pas naturel en fait. Ça doit être difficile pour la composition parce que quand on pense, on rêve, c’est en français, après il faut essayer de traduire ça en anglais. Ça doit être juste plus difficile.

 

Il peut y avoir aussi l’idée de ne pas trop se dévoiler; en chantant dans sa propre langue c’est comme si on se mettait à nu.

Jean-Michel : Mais c’est ce qui est bon un peu. C’est aussi une question de facilité. J’ai déjà écrit des chansons en anglais avant Monogrenade, et c’est vraiment plus facile, tu peux parler de n’importe quoi, c’est toujours beau, ça sonne toujours bien. Tu peux parler d’amour en anglais, tu peux pas parler d’amour en français, ça va être cliché tout de suite. Je le ressens un peu comme une facilité, et souvent c’est pour toucher un public plus large, mais c’est trop souvent un prétexte je pense.

 

il y a un journaliste qui a fait un article là-dessus en disant, « le public montréalais, s’il vous plait, écoutez quand vous allez dans des spectacles« 

 

Donc, ça restera en français ?

Jean-Michel : Bah on pensait peut-être pouvoir percer… (rires)

Une autre langue peut-être ? Espagnol ?

Julie : Oh ! Ça serait encore plus horrible ! (rires)

Jean-Michel : Mais on n’a absolument rien contre l’anglais; pour nous, en tant que francophones, c’est juste naturel de chanter en français.

 

Il y a beaucoup de collaborations sur cet album, notamment avec les instruments.

Julie : Oui, on a travaillé avec Pietro Amato, qui jour du cor, et Marie-Pierre Arthur, qui chante aussi sur Labyrinthe. Qu’est ce qu’il y a encore ?…

Jean-Michel : Les Mommies on the Run, le quatuor qui font les cordes sur l’album.

 

Comment ça s’est passé ? Ce sont des gens que vous connaissiez déjà avant ?

Jean-Michel : Les Mommies, on a fait le premier album avec eux. C’est vraiment fun de travailler avec eux, ils sont super ouverts, c’est bon ce qu’ils font. Ils font le gros des arrangements de cordes, on en fait une partie, ils font la grosse partie des arrangements. Sinon, Pietro, c’est une connaissance en fait ; Marianne, qui joue du violoncelle, a travaillé avec lui sur d’autres projets. Marie-Pierre Arthur, son album est sorti sur la même compagnie de disques, le lien s’est fait comme ça.

 

Comment ça s’organise ? Vous leur proposez ce qui est déjà en place et vous leur demandez de rajouter leur patte ?

Jean-Michel : Ca dépend des chansons. Il y en a, on veut pas donner de direction et on envoie la chanson qui va ensuite devenir quelque chose ; et puis il y en a qu’on veut clairement, il y a des lignes qui sont claires, on les veut et broder autour de ça. Et Pietro, ça s’est vraiment fait « on the spot » comme on dit, il est venu en studio, il a écouté des chansons, et puis il a proposé des choses et on ajustait. Et Marie-Pierre Arthur, je lui ai envoyé la chanson, « t’aimes ça ? » premièrement, et puis « ça te dit de la chanter ?« , et elle est venue en studio; c’est une chanteuse incroyable, sa première prise était parfaite.

 

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© Jocelyn Michel

 

Il y a d’autres artistes avec lesquels vous aimeriez collaborer ?

Jean-Michel : C’est sûr, il y en a pleins !

Julie : Thom Yorke ! (rires) Nan mais il y a beaucoup de gens qu’on admire ou qu’on respecte ; dans le futur il y aura peut-être des surprises pour le 3e album, on sait pas…

Jean-Michel : On a des idées, mais on veut pas les dévoiler…

 

Vous allez faire une tournée en France en Novembre; le public français, vous en pensez quoi ?

Julie : Moi, ça va être ma première tournée avec eux, mais on m’a dit que c’était bien.

Jean-Michel : On a vraiment toujours eu un bel accueil. Je sais pas si c’est parce que c’est loin de chez nous et que ça nous parait comme exotique, mais on a vraiment l’impression que les gens écoutent; ils sont respectueux, ils ne parlent pas, et après le spectacle ils viennent nous voir. On sent vraiment qu’on est bien accueilli. C’est peut-être aussi du fait qu’on est loin de chez nous, c’est comme un peu touchant pour nous, les gens, ils connaissent les paroles, j’en reviens pas encore ! Mais le public est plutôt super. Tu sais, souvent, je sais pas si ça parait comme ça ici, mais à Montréal, il y a tellement de groupes, tellement d’artistes, qu’il y a des shows tous les soirs, les gens sont un petit peu blasés, et souvent ils partent pendant les concerts. Et il y a un journaliste qui a fait un article là-dessus en disant, « le public montréalais, s’il vous plait, écoutez quand vous allez dans des spectacles« .

Julie: Oui, ici il y a le respect et l’écoute. Mais s’ils n’aiment pas, on le sait aussi apparemment ! (rires) Ils sont plus directs dans les commentaires. C’est cool en fait !

 

Et vous jouez dans plusieurs villes ?

Julie : Qu’est ce qu’on fait ? Dijon, Massy, Lille…

Jean-Michel : Lille, Paris, Ville…

Julie : Villeurbanne ! Qui est à Lyon, je pense, c’est ça ?

Oui.

Julie : Quoi d’autres?… Allez voir sur le site ! (rires)

 

Et vous jouez dans d’autres pays ?

Jean-Michel : Pas pour cette tournée. Mais on est allé partout où il y a de la francophonie: France, Suisse, Belgique, et le Québec, c’est sûr. On est allé au Luxembourg aussi.

 

Je pense pas que ce soit conscient, on se dit pas on veut sonner comme tel groupe

 

En ce moment, vous écoutez quoi ? Est-ce qu’il y a des choses en ce moment qui vous ont plu ?

Julie : Moi je découvre toujours les trucs en retard on dirait; je sais que son album est sorti en 2012 ou quelque chose comme ça, mais j’écoute Bat for Lashes pas mal, je trouve ça inspirant et original. Toujours Radiohead, une fois par semaine au moins (rires), du vieux matériel.

Jean-Michel : Il parait qu’ils vont sortir un album.

Julie : Ouais, il y avait la photo d’un vinyle, c’était mystérieux (quelques jours après l’interview, nous découvrions la sortie d’un nouvel album de Thom Yorke, ndlr). Quoi d’autres sinon ?… Pleins de choses !

Jean-Michel : Moi je ne découvre pas beaucoup de nouvelles musiques malheureusement.

Julie : Tu écoutes quand même de la musique, des choses qui sont récurrentes. Je dirais Radiohead ou des choses comme ça.

Jean-Michel : C’est pas très intéressant ! (rires)

Julie : Ouais, c’est ça, on se répète, Radiohead ! On dirait que c’est devenu cliché de dire ça. C’est quoi ton groupe préféré ? Oh, Radiohead ! Mais on dirait qu’on peut plus dire ça, c’est plus in. Tout le monde aime ça, de toute façon !
Ah! J’aime bien Mac DeMarco en fait, ça c’est cool.

 

Souvent on compare tel groupe avec tel groupe, on sent qu’il y a une influence particulière. Est-ce votre cas ?

Julie : Je pense pas que ce soit conscient, on se dit pas on veut sonner comme tel groupe. Ce qu’on écoute tend toujours vers la musique qu’on fait, mais de là à dire qu’on a choisi de sonner de telle manière, ou de suivre tel courant, je pense pas que ce soit conscient.

Jean-Michel : Surtout nous, parce qu’il y a des chansons sur notre album, s’il n’y avait pas la voix, ça pourrait être 2 groupes distincts. Une chanson comme Tes Yeux ou Composite, ça n’a rien à voir. Les influences viennent de partout. On est tous un peu des gens qui ont touché au classique, il y en a qui ont écouté du métal dans leur jeunesse, moi la musique de film, j’adore ça. On s’entend pas tous non plus sur la musique qu’on écoute ! (rires)

Julie : C’est vrai !

Jean-Michel : Mais il y a des groupes sur lesquels on se rejoint tous, comme on a dit, Radiohead, on aime tous ça ; et quand on met du Björk, on aime tous ça. Portishead aussi. On se rejoint sur certaines choses quand même.

 

Pour finir, est-ce que vous avez quelque chose à dire pour les lecteurs ?

Julie : … (rires) C’est toujours difficile les mots de conclusion !

Vous avez carte blanche!

Julie : Aucune idée…

Jean-Michel : Arrêtez de pirater de la musique!! (rires) Nan, c’est pas ça !

Qu’ils viennent vous voir en Novembre.

Julie : Ah bah oui ! Il faut rappeler nos dates !

Jean-Michel : La Flèche d’Or le 4 novembre.

Ça sera fait !

 

Et voilà :

3 novembre 2014 – Atheneum Centre Culturel de l’Université de Bourgogne, Dijon (21)
4 novembre 2014 – La Flèche d’Or, Paris (75)
5 novembre 2014 – La Péniche, Lille (59)
6 novembre 2014 – Le Transbordeur, Villeurbanne (69)
8 novembre 2014 – L’Antipode, Rennes (35)
15 novembre 2014 – Espace Paul B, Massy (91)

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