Ysé nous dévoile la route de son Eldorado

Ysé nous parle d’elle, de ses collaborations, et de son dernier EP

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A quelques jours de la sortie d’Eldorado, Les Insouciants ont pu pénétrer dans l’univers d’Ysé pour en connaitre un peu plus sur cette artiste entière.

 

Les Insouciants : Tu n’es pas de Paris ; depuis combien de temps y es-tu?

Ysé : Non, je viens de Marseille. Je suis à Paris depuis 15 ans, je suis montée à l’âge de 20 ans.

 

Le choix de la capitale a-t-il été motivé par ton envie de te lancer dans la musique?

Oui, je suis montée à Paris essentiellement pour ma passion et pour aller au bout de cela. Donc je suis montée à l’âge de 20 ans et à partir de là, j’ai pu rencontrer des musiciens via une structure qui n’existe plus mais qui à l’époque s’appelait Le Chantier, et qui était une structure qui mettait en relation chanteurs, musiciens, et ça permettait justement de faire des rencontres. Ce qui a été mon cas et ce qui m’a permis justement de mettre le pied à l’étrier, de découvrir un peu ce métier, ce que c’était, et les réalités aussi des choses.
Parce que c’est vrai que quand je suis montée à Paris, pour moi chanter c’était facile. Mais la réalité est tout autre! Donc c’est vrai que grâce à cette structure à l’époque, ça m’a permis de rencontrer des gens qui étaient vraiment dans le métier, et qui nous ont quelque part expliqué comment ça se passait, et que c’était du travail avant tout, et que c’était pas les paillettes, qu’il fallait avant tout travailler et s’accrocher. Et je crois que ceux qui restent, c’est ceux qui travaillent et qui sont vraiment passionnés. Donc ouais, ça a été une bonne décision d’aller à Paris.

 

Et tu es partie comme ça?

En fait, mes parents m’avaient dit ok pour partir à 20 ans. Donc j’ai eu mon bac à 18 ans, mais par contre, ils voulaient que j’ai un bac+2, que je fasse 2 ans d’études, pas n’importe quoi mais en tout cas pour moi il n’était pas question que j’aille à la fac, parce que je voulais que ce soit rapide, que ce soit diplômant au bout de 2 ans, donc j’ai fait un BTS, qui à l’époque pour moi n’allait jamais me servir de ma vie, et au final on se rend compte que tout sert. Et donc, je suis partie au bout de ces 2 ans, quand j’ai eu mon diplôme; en gros, le contrat avait été rempli. Je m’en souviendrai toute ma vie de ce départ, qui était quand même extrêmement dur. Mais ma cousine à l’époque était à Paris, donc je suis allée chez elle au tout début avant de trouver un logement.
C’est pour ça que je me dis que quand tu pars à Paris, ou même n’importe où, c’est bien de le faire à 20 ans parce que tu n’as pas conscience. Ce que tu fais à 20 ans, tu ne le ferais pas à 30. Moi je sais qu’à 30 ans, je n’aurais pas fait ce que j’ai fait, de partir comme ça, parce qu’à l’époque où je suis partie, pour moi c’était l’aventure. On n’a pas conscience de certaines choses, on réfléchit moins, et c’est ça qui est bien, c’est là qu’il faut le faire. Et voilà, je l’ai fait, c’était bien; c’était écrit quelque part, c’était mon chemin.

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Tu ne te verrais pas faire ta musique ailleurs?

Pas forcément, parce que Paris, ça permet de faire des rencontres et justement de commencer un petit peu. Surtout quand on monte à l’âge de 20 ans, on se construit à Paris, ce n’est pas une ville qui est très tendre en plus, donc c’est quand même difficile, on se forge un caractère. Mais cependant pour moi la structure familiale est essentielle; je crois que si j’ai pu garder un certain équilibre, c’est aussi parce que j’ai des racines bien présentes, j’ai une famille qui est très bienveillante et qui dit quand ça ne va pas aussi, et ça a été – et ça l’est toujours – mon pilier.
Mais après, à partir du moment où tu as ces bases-là, il n’est pas exclu, si j’ai d’autres opportunités, s’il y a un train qui passe et qui m’emmène à faire mon métier, ma musique ailleurs, pourquoi pas. Je ne me suis pas du tout dit, « c’est Paris, c’est terminé », ou « je ne partirai plus jamais ailleurs ».

 

L’étranger, tu pourrais?

En fait, la seule chose qui me retient de partir à l’étranger, si je n’avais pas mes parents, je serais déjà partie en fait. Mais très sincèrement, le fait de rester en France, c’est parce que voilà les années passent et je n’ai pas envie d’être éloignée d’eux; ça, c’est clair dans ma tête.
Mais par contre, je pense que je me serais très bien vue ailleurs qu’en France, même si j’aime beaucoup mon pays, au Canada par exemple. Par rapport aussi au style de musique que je fais, à mes influences et mes affinités, je pense que ça aurait bien collé. Mais il n’est jamais trop tard, dans le futur, on ne sait jamais. Mais là, c’est la seule chose, je n’ai pas envie de partir au bout du monde. Et puis quand on s’en va, il faut avoir aussi des choses assez concrètes à y faire. Mais ce n’est pas exclu bien sûr d’aller peut-être ailleurs un jour.

 

D’où vient ton nom de scène?

Alors, Ysé, mon nom vient d’un bouquin de Paul Claudel qui s’appelle Partage de Midi, et dans lequel un des personnages s’appelle Ysé. Et c’est vrai que quand j’avais lu ce bouquin, j’avais beaucoup accroché sur ce prénom qui pour moi était très féminin, assez court donc facile à retenir, et qui ne faisait pas très français. Ça m’a plu et c’est vrai qu’aujourd’hui c’est comme mon deuxième prénom Ysé. Et en anagramme, ça veut dire Yes en plus, donc c’est super! C’est quand même positif comme prénom!

 

C’est un livre que tu avais lu avant de te lancer dans la musique?

Oui.

 

Et donc du coup, quand tu as cherché un nom de scène, ça t’es venu tout de suite?

Non, en fait, je me suis replongée dans certains bouquins, enfin relu quelques pages et je suis tombée sur celui-ci dont j’ai relu quelques pages et je me suis dit, « dis donc ce prénom, Ysé, c’est vraiment pas mal ». J’ai donc fait mes recherches dans ce que j’avais déjà, on a nos propres réponses chez soi.

 

« je ne changerais pas ma recette, c’est-à-dire la voix devant et la musique, l’habillage autour »

 

Quelles sont tes influences?

Dans un sens large, mes influences sont blues / rock, mais après ça va tirer plus vers des chanteurs comme Arno, Alain Bashung, Nick Cave, Marianne Faithfull. Des gens qui, pour la plupart, ont des voix identifiables et qui en plus ont un habillage musical hyper classieux et esthétique ; et puis ce sont des personnes qui vivent ce qu’elles racontent, et qui sur scène sont électriques et qui m’apportent des émotions diverses et variées. Tout se tient chez ce genre de personnes, même physiquement, ce n’est que dans du joli et dans du beau. Ils font attention à tout en fait, certes à leur musique, à leurs textes, mais aussi à leur manière de s’habiller, les photos qu’ils vont faire; c’est tout ce qu’il y a autour aussi, et c’est une preuve d’élégance et de goût, et pour moi ça veut dire que ce sont de vrais artistes.
Il y a des gens que j’aurais voulu voir, comme Jacques Brel, la manière dont il vivait les choses, dont il transmet, et c’est tout le corps qui parle en plus quand il chante, la voix c’est le véhicule mais tout le reste est en ébullition, donc c’est assez fort.
Arno, je l’ai vu, et c’est vrai que tu sens qu’il vit ce qu’il chante de A à Z ; il ne te voit même pas, même si tu es devant, il a les yeux fermés. C’est proche du divin parfois ces choses-là, ce sont des chamans, avec des incantations.
Il y a un concert que j’ai vu il n’y a pas longtemps, Detroit, où c’était pareil, où tu avais l’impression qu’il se passait quelque chose, que c’était une prière commune, il y avait une communion dans la salle, un truc, c’était fort. Pour moi, c’est respect.
Alain Bashung aussi, quand je l’avais vu, même si c’était ses derniers concerts, c’était à l’Elysée Montmartre, c’était très très fort parce que tu voyais cette personne qui avait toujours sa voix et qui donnait énormément. Et tu sors de là, tu es heureux, tu as vécu pleins de choses, tu es chamboulé. Face à quiconque qui écrit tout ça, tu n’as qu’une envie, c’est d’aller écrire ou de créer.
C’est des gens qui te stimulent en fait, et rien que pour ça, pour moi, d’arriver à faire ça, c’est vraiment des gens de talent.

 

Est-ce que tu peux nous parler de tes nombreuses collaborations?

J’ai eu la chance d’avoir plusieurs collaborations.
Ma première rencontre, ça a été avec le photographe Pierre Terrasson, que j’ai rencontré à l’époque au Zèbre de Belleville à Paris lorsque j’avais joué en mars 2012 et où je partageais le plateau avec Chloé Mons ; Pierre était venu à cette soirée-là et il m’avait donné sa carte, et c’est vrai que moi je n’avais pas beaucoup de photos à l’époque. J’avais un peu réfléchi, j’avais pris mon courage à deux mains, et je l’avais appelé un jour en lui demandant de le rencontrer parce que j’avais envie de lui montrer des exemples de photos d’artistes, même que lui avait pu faire à l’époque, mais je me rappelle aussi d’une photo de Guesch Patti, des photos dans des attitudes, dans des poses que je n’avais jamais essayées. C’est vrai que la photo, c’est quelque chose qui depuis m’a vraiment aidé ; lorsque je parlais de look justement, le style vestimentaire dans mes influences. Les photos ça t’aide énormément à préciser ton style, et grâce à des photos il y a des choses qui vont ressortir de ta personnalité. Donc je me suis lancée et au final ça a été spontanée, on s’était rencontré dans son atelier à Aubervilliers, et par la suite on a fait des photos ensemble, on a fait le clip de David Bowie, la cover qu’on a faite. J’avais envie avec Pierre Terrasson d’en profiter, d’aller vers d’autres choses, peut-être moins classiques, moins rock, moins le blouson en cuir.

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© Pierre Terrasson

Et Pierre a été le début de beaucoup de rencontres, par rapport à son entourage. C’est d’ailleurs aussi par la suite que j’ai rencontré Yann Péchin, qui a été guitariste d’Alain Bashung et qui est guitariste pour pas mal d’autres gens, et à qui j’avais proposé quelques textes à l’époque en vue d’avoir des musiques. Et un texte était ressorti pour lui pour lequel il m’a dit, « là, il se passe quelque chose de différent »; et donc De l’aveu de ses yeux, qui est un titre sur Eldorado, ça a été assez évident, et en plus j’aime bien la manière dont on l’a arrangée avec le groupe. Parce que c’est un titre qui date de bien avant Eldorado, que je jouais à l’époque sur scène avec Vassia Zagar et Sébastien Lion ; on a tourné pendant 1 an à trois comme ça, et De l’aveu de ses yeux existait déjà, mais en formule plus acoustique. Et là avec Eldorado, comme on est plus nombreux, elle a pris une autre dimension.
C’était donc après l’album Nouvelle Ere, qui m’a apporté énormément de belles rencontres, et des gens qui sont d’ailleurs toujours là aujourd’hui; les choses ont évolué mais eux n’ont pas quitté le navire, ça fait plutôt plaisir.

Il y a France de Griessen, on s’est rencontré il y a 3 ans dans les couloirs du magazine Longueur d’Ondes. J’avais joué par 2 fois au Zèbre de Belleville en octobre 2011 et mars 2012, et pour la date d’octobre je lui avais proposé de venir me voir. Elle était venue, et après on avait un peu échangé, on s’est bien entendu au fur et à mesure, les mois passants, et comme j’avais ma date en mars 2012, elle est venue faire un duo sur Hurt de Nine Inch Nails. J’avais proposé plusieurs chansons à France, dont celle-ci, on avait testé et celle-là, ça avait été évident.

C’était un beau moment, et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai voulu refaire un duo le 20 novembre prochain parce que j’en garde un excellent souvenir.
Et France a aussi fait des photos, elle a eu l’occasion d’en faire récemment pour Tatouage Magazine; ça a été une jolie séance, très improvisée, mais au final ça a été bien parce que ça m’a révélé encore une fois certains aspects d’un look, un côté un peu Oscar Wilde, romantique, que j’aime beaucoup, et je pense que je vais l’exploiter.

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© France de Griessen

Benoit Simon fait partie des gens qui m’ont connu dès le début, parce que c’est quelqu’un qui avait aussi intégré Le Chantier quand je suis arrivée à Paris, et qui est donc musicien, guitariste. Et avec Benoit, on avait fait un EP à l’époque en 2005, Rêve d’Ange Heureux, où il était guitariste, et on a joué sur scène par la suite. On a vécu pas mal de choses ensemble, on avait cette espèce de groupe de garage, où on répétait toutes les semaines. Et on ne s’est jamais vraiment quitté, même si on n’a plus retravaillé ensemble.

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Après l’aventure Nouvelle Ere, je suis rentrée dans une période où je ne savais plus trop ce qui allait se passer, et il est arrivé à ce moment-là ; je lui avais parlé de ce projet de cover de David Bowie, Rock’n’roll suicide, et il m’a dit, « écoute, ça marche, on fait ça chez toi, on va enregistrer et mixer ». Et donc effectivement on a fait ça, à l’artisanale, et c’était super, ça m’a permis de remettre le pied à l’étrier, de me refaire partir sur quelque chose de neuf. Il a d’abord travaillé de son côté et il m’a envoyé les trucs fait de chez lui; et ce qu’on entend, on dirait un peu de la caisse, c’est en fait des sons de bouche, et il a tout fait, on a l’impression qu’il y a plusieurs personnes derrière, mais pas du tout, il n’y a que Benoit. Moi j’ai fait la voix chez moi, et on a mixé tous les deux sur mon bureau via mon ordi, il n’y a même pas eu de mastering.

Plus tard, j’ai eu un texte, je lui ai proposé qu’il me fasse une musique ; ce qui a été le cas sur Labyrinthes. Et il sera là aussi le 20 novembre pour jouer ce titre, et ça va être génial. C’est quelqu’un qui, même si en effet on ne se parle pas énormément, on ne se voit quasiment pas, mais quand je l’appelle, il est là. Quand il peut évidemment, parce qu’il a bien avancé de son côté, là depuis il est guitariste de Zaz; c’est génial parce qu’il s’en sort vraiment très bien, et il le mérite.

Et Emmanuelle Cadoret, c’est un peu la même chose qu’avec Benoit, on s’est rencontré quand je suis arrivée à Paris. Emmanuelle a fait la moitié des arrangements sur l’album Nouvelle Ere, elle a vraiment vécu cet album en coulisses. J’ai toujours vraiment considéré Emmanuelle comme un auteur incroyable, et après cet album-là, je lui ai demandé si elle avait des textes, j’ai parlé avec elle de certaines envies de ma part pour essayer qu’elle écrive des choses en peu plus sur commande. Elle m’avait proposé un texte, Highway 66, où il n’y a pas eu un truc à retoucher, et avec quelques indications que j’avais pu lui donner, elle avait réussi à faire quelque chose qui était tout à fait ça. Et elle m’avait proposé un autre texte aussi, et là c’est rigolo parce qu’elle et Benoit se retrouvent sur le même titre, parce qu’elle m’avait proposé Labyrinthes, le texte, et Benoit en a fait la musique.

 

Comment se fait le processus de composition?

En général, pour ma part, les textes arrivent avant la musique, sachant que pour écrire j’ai souvent de la musique dans les écouteurs, une musique qui va m’inspirer sur le moment, qui plante un décor dans mes oreilles et qui me permet après d’essayer d’écrire. Et une fois que j’ai un texte qui tient à peu près la route, je prends ma guitare et j’essaye de trouver une musique, un squelette, une mélodie de chant. Après, si j’ai un truc qui tient la route, on met en commun avec le groupe et là on attaque plus les arrangements. Je n’écris pas solfège, je fais des dessins, je dessine les cordes et je fais des croix; et c’est ces grilles-là que je donne aux gars, d’ailleurs ça les avait amusé, mais ils ont trouvé ça génial, j’étais très flattée! Mais moi j’avais à la limite honte de leur filer ça, alors tant mieux!
Et il y a un autre instrument que j’ai découvert et que j’adore parce que pour moi c’est vraiment une continuité de la voix, c’est l’harmonica, que j’apprécie beaucoup plus sur scène parce que la guitare, c’est compliqué, ce n’est pas un instrument dans lequel je suis à l’aise.
Mais j’ai déjà fait de la guitare sur scène, j’ai eu mon époque où j’étais en guitare/voix, mais c’était un peu dur. Après plusieurs dates en guitare/voix, j’avais quand même hâte d’être un peu entourée, moi en plus qui aime le rock, je me sentais un peu seule. Déjà le fait de revenir à trois avec Vassia et Sébastien, ça changeait un peu la vie quand même. Mais il me manquait toujours la batterie!

 

« Rien que ça, cette résidence a été le départ de tout, c’est l’eldorado! »

 

Tes textes sont en français; te verrais-tu écrire en anglais?

J’écris effectivement en français, mais j’aime beaucoup chanter en anglais. Jusqu’à présent, j’ai jamais tenté l’expérience d’écrire en anglais ou même de chanter les textes de quelqu’un d’autres en anglais. Mais quitte à chanter en anglais, j’aimerais mieux les écrire, que ça vienne de moi. Mais j’attache tellement d’importance aux mots, il faudrait que le texte soit toujours encore bien là, je ne changerais pas ma recette, c’est-à-dire la voix devant et la musique, l’habillage autour. Mais c’est une éventualité d’écrire en anglais, et c’est un petit challenge aussi, ça me crée un but.

 

Après un premier album, un EP; pourquoi ne pas avoir sorti un deuxième album?

Non, pas de deuxième album pour le moment. Après la cover de Bowie, il a fallu que je retrouve des musiciens. On a tourné à trois pendant 1 an, on a rejoué un petit peu, testé des titres. Mais pour un album, je considérais qu’on devait être plus que trois, parce que je voulais que ça soit un peu plus arrangé. Et il y a un investissement pour un album. Du coup, je ne savais pas trop quand ça allait se passer.
Et il est tombé cette proposition; en fait j’ai joué en avril 2013 à Septèmes-les-Vallons à l’Espace Jean Ferrat, et ça avait été un moment magique, et l’idée a germé de proposer à ces gens-là de faire une résidence pendant 15 jours. J’ai proposé ce projet-là, ça a été accepté et donc ça a été le début de tout.
Mais en même temps, on n’avait que 15 jours au mois de mai 2014, donc 15 jours pour faire un album, pour faire un minimum de 10 titres, ça allait être compliqué, en termes de temps, de moyens. En plus, j’envisageais l’enregistrement en prises directes, donc ce n’est pas de studio, ça prend du temps, et on n’avait pas le temps! Donc je me suis dit, « qu’à cela ne tienne, on va faire un EP; mais par contre on va faire 5 titres qui tiennent de A à Z ». J’avais l’idée exacte du son que je voulais; il fallait choisir les titres les plus forts, qui me correspondaient le mieux.
Et donc, ça s’est fait ainsi, ça a été un pari, et un pari quelque part réussi parce que l’album s’est enregistré en 4 jours, ça a été intense mais au final c’est annonciateur d’un album qui va arriver, le moment venu. Déjà, j’ai trouvé l’équipe qui, grâce à ce que je leur disais, pas en langage musical, plus avec des sensations, des couleurs, ont réussi à retranscrire tout ça avec la musique; ils m’ont littéralement fait des titres sur mesure dans les arrangements. Rien que ça, cette résidence a été le départ de tout, c’est l’eldorado!

 

« tu as vraiment une période transitoire dans cette campagne où tu ne sais pas trop comment ça va se passer »

 

Pourquoi ce choix d’enregistrer dans les conditions du live?

Je m’étais dit, « tu pars 15 jours dans une salle de concert, il y a un concert de prévu à la fin de ces 15 jours, mais pendant ce temps-là, au-delà de répéter, il faudrait qu’on fasse autre chose dans cet endroit; essayons donc d’enregistrer ces titres et d’en faire une carte de visite, de profiter de cette opportunité ». Et ça s’est fait parce que c’est aussi une salle de concert, donc on a équipé en fonction, et pour moi ça a été une révélation d’enregistrer live, et j’ai presque envie de faire que ça, ne pas forcément me retrouver dans une cabine, isolés les uns des autres. Là il y a une espèce d’énergie de groupe qui passe, qui est assez forte et qui est sur l’instant; il y a pleins de titres, notamment Labyrinthes, qui est passé par pleins de stades, et la version d’aujourd’hui, on l’a faite en une prise.
Quand tu es en cabine, tu es plus dans quelque chose de scolaire, alors que là on était en roue libre, et c’est là où tu vois si ça fonctionne avec un groupe, ou si tu as trouvé les musiciens qui conviennent. Donc, on jouait au casque, on enregistrait à la file plusieurs fois pour avoir le choix, et après on écoutait, et en fonction on refaisait tout de suite, ou parfois ça n’allait pas donc chacun partait et on se revoyait après !
Parce qu’on n’arrivait pas certains titres, notamment Highway 66, je comptais le mettre mais on n’y est pas arrivé. Mais on avait déjà 5 titres, donc je me suis dit qu’on allait rester sur 5, ne pas en mettre 6, parce que je sentais que ce titre-là allait être fragile, on va prendre le temps de le peaufiner, on va le refaire.

 

Tu joues maintenant dans une nouvelle configuration, avec un groupe. Tu jouais déjà avant avec Vassia Zagar; comment s’est passée la rencontre avec les autres musiciens?

Tout est parti de Romain Darbon, qui est batteur. Je connais assez bien Ludovic Dufour qui est chanteur et leader d’un groupe qui s’appelle Bagdad Rodeo, et on s’était croisé à un mariage, et du coup on parlait de la résidence avec Ludovic, et je lui ai dit que je cherchais un batteur, et il m’a dit, « faut que ça reste en famille! Appelle Romain ». Et donc j’ai appelé Romain, on s’est super bien entendu, il était enchanté, je lui ai parlé de ce projet.
Et après, de fil en aiguille, je lui ai demandé s’il connaissait un bassiste, et de là, « oui, oui, j’ai un bassiste vraiment bien à te proposer ». Et est arrivé Lionel Peraldo.
Après, Vassia était de toute manière dans le lot, et j’avais une place vacante, je me suis dit que ça serait intéressant d’avoir un gars un peu multi-instrumentiste, clavier, guitare ; et du coup j’en ai parlé à Romain, qui m’a évoqué Matthieu Lesénéchal qui fait partie des Bagdad.
Donc, entre eux, certains se connaissent, d’autres ne se connaissaient pas, mais en fait ça a collé aussi, et du coup ça a été l’équipe de rêve.

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Quelle a été ton inspiration?

Pour Eldorado, j’avais plus envie de paysages, de bitume, de chansons en termes de textes qui tournent moins autour de moi, qui racontent plus des histoires, qui soient plus cinématographiques, et c’est pour ça d’ailleurs que la plupart des textes ne sont pas de moi. J’ai voulu essayer de me coller à des paroles d’autres, pour essayer d’autres mots dans ma bouche, et de risquer des choses dont j’aurais l’idée mais que je n’écrirais pas comme tel. J’avais vraiment envie d’aller dans le road-movie, ce côté un peu Lynch, plus cinématographique et très axé américain quand même.
Sur cet album, je n’ai écrit le texte que d’un seul titre, Le cœur en friche, enfin texte et musique; sinon, j’ai aussi écrit la musique de Jérémie et Héros-limite. Mais Le Cœur en friche était déjà sur Nouvelle Ere ; je ne sais pas pourquoi, j’ai voulu le refaire parce que je pense qu’il fallait le pousser un peu plus, et au final quand on l’a fait avec le groupe, pour moi ça a été une évidence, en plus j’ai pu mettre un peu d’harmonica dessus, et je me suis dit, « il faut absolument qu’il y soit celui-là! », un pressentiment.
Pour les autres textes qui m’ont été proposés, très peu de choses ont été changées parce que c’était déjà tellement abouti avec tellement de qualité; Jérémie a eu plus d’ajustements parce que c’était plus écrit comme un poème et donc c’était un peu compliqué pour la musique.

 

Ton projet s’est réalisé grâce au site de crowdfunding Ulule; que retiens-tu de cette expérience?

Aujourd’hui, il y a des réalités pour faire un disque, quand tu veux faire les choses bien notamment, il faut quand même de la finance derrière, et Ulule me paraissait un excellent moyen d’impliquer les gens qui me suivent depuis quelques temps maintenant, qu’ils prennent part à un projet, et ça renforçait cette idée de collectif qui pour moi est hyper importante dans ce métier, et de partage. J’aimais bien l’idée que les gens participent à un projet qui me tient énormément a cœur et de leur offrir des choses en contrepartie; je trouvais le principe chouette, et ça crée des liens. Et ces gens-là me suivent maintenant, grâce notamment à des newsletters. Il y a un côté très humain derrière tout ça, qui ressemble aussi à ce projet.

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Et ce n’est pas forcément des gens que je connais, d’ailleurs j’ai été surprise parce qu’il y a des gens qui se sont énormément investi mais que je n’ai jamais vu, mais avec qui maintenant j’ai des échanges au final. Ça n’a été que du positif, ça a été une tendresse entre tous. Tout le projet a été entouré de bienveillance. Il y avait pas mal de gens qui me suivaient depuis quelques temps et qui ont jamais lâché et qui ont aussi suivi l’après Nouvelle Ere, qui ont vu que j’avais rebondi vers d’autres choses. Et grâce à un EPK qu’on a fait où il y a eu pas mal de gens qu’on a évoqué comme Pierre Terrasson, Yann Péchin, Benoit Simon, Vassia Zagar, etc; et du coup, c’était vraiment une vidéo qui expliquait le projet et ça a permis de convaincre définitivement les gens d’y participer.
Ulule m’a apporté un sacré coup de pouce. Mais ce n’est pas évident parce qu’on se rend compte que tout se passe à la fin du projet, tu as vraiment une période transitoire dans cette campagne où tu ne sais pas trop comment ça va se passer.

 

Comment s’est fait le choix de la pochette?

C’est une photo d’une photographe amie qui s’appelle Delphine Ghosarossian. On avait ce projet avec Delphine de faire des photos, on s’était dit que pour le prochain disque, il faudrait que ce soit elle qui fasse la photo, et on avait gardé ça en tête. On a fait des essais une fois, on s’est vu il y a pas mal de temps maintenant. Et au moment de choisir la photo, j’ai collaboré avec France justement pour le coté artwork de cet album, et c’est au moment de choisir la photo que cette série, et plus particulièrement celle-ci de Delphine, s’est révélée évidente.

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C’est vrai que c’est un album où ce que l’on retient de moi, c’est ma voix avant tout, et c’était très intéressant parce qu’on a fait aussi un exercice en regardant les chanteurs à voix, le type de pochette qu’ils avaient, et très souvent tu vas avoir un regard droit, de face. Et donc cette photo que j’ai choisie, elle est vraiment très frontale. Delphine bosse aussi beaucoup sur les tatouages et sur la peau, entres autres dans ses projets perso, d’où cette idée de mettre la main de cette façon vu que les mains sont tatouées.
Et c’est dingue parce que ma mère a trouvé dans un village, bien après qu’on ait choisi la photo qu’on ait faite, un cadre d’un ange, avec en plus des ailes dans le dos (référence à la pochette de Rêve d’Ange Heureux, ndlr), dont la position de la main fait vraiment penser à la pochette.

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En plus dans le disque, on a eu un projet toutes les 3 avec Delphine et France où on s’était dit vu que j’ai beaucoup d’objets symboliques chez moi, on va reproduire une nature morte avec les objets les plus symboliques et les plus forts, que l’on retrouve à l’intérieur du disque physique.

 

Quelle est la signification du titre de l’album Eldorado?

Eldorado, ça résume cette aventure qui a été entourée de bienveillance, qui a été une aventure collective et humaine. Cela rejoint aussi ce côté un peu road-movie, bitume, il y a un côté un peu américain que j’aimais bien aussi. Et puis il y a aussi ce côté merveilleux. Quand je parle d’eldorado, j’entends le moteur de grosses motos derrière, avec le sable, sur les routes. Et cette idée de mordre la vie à pleines dents.

 

Un clip serait-il en préparation?

Oui, un clip va se tourner le jour de la sortie d’Eldorado, le 17 novembre. Ça va être un clip qui va se tourner dans les conditions du studio, en live. Le titre en question sera Labyrinthes, qui sera sans doute en ligne fin novembre, qui promet d’être hauts en couleurs, même s’il est en noir et blanc! (rires). Rien n’est figé, je ne sais pas trop à quoi m’attendre, mais j’ai confiance en celui qui nous filme, Grégoire, j’ai vu son travail, je pense que ça va être assez joli.

 

« vivement le 20 novembre, que j’y sois, que je profite de la soirée parce que c’est toute la préparation d’avant qui stresse »

 

Tu joues le 20 novembre à la Péniche Antipode à Paris; c’est un peu une Release Party?

C’est ça. Il va y avoir des invités. Ce sera un peu le cabaret de l’Eldorado parce qu’il va y avoir une déco appropriée. Et puis le plaisir de faire ça sur une péniche où tout le monde va embarquer sur l’eau, comme si on partait en voyage.

 

Et tu commences à stresser?

Oui, j’en ai tous les symptômes! C’est terrible! Je n’ai jamais eu autant la pression, vu qu’en plus je suis à l’initiative de tout, c’est beaucoup de soucis et beaucoup d’investissements. En gros, j’ai envie de dire, vivement le 20 novembre, que j’y sois, que je profite de la soirée parce que c’est toute la préparation d’avant qui stresse.

 

Est-ce qu’il y a d’autres dates de prévue?

Pas pour le moment, mais j’espère.

 

Nous vous rappelons que l’EP Eldorado est sorti ce jour, et nous vous en reparlerons très vite!

 

Et le rendez-vous est donné:
20 novembre 2014 – Péniche Antipode, Paris
(page de l’événement)

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