[Interview] Un peu de chaleur avec Luce

« Un petit peu de joie, un petit peu de tristesse, beaucoup d’amour, un peu de cul, un peu de chaleur »

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En milieu d’après-midi, mercredi 25 février, deux jours après la sortie de son album Chaud ([Review] Chaut devant !),  Luce nous a invité dans les très beaux locaux de son label « tôt Ou tard ». Son responsable promo’ nous accueille, nous offre le café pendant que Luce finit de signer quelques papiers. Côté vestimentaire, énorme chignon et pull à carreaux rouges et noirs. Impossible de la louper ! Luce nous rejoint dans le bureau d’on-ne-sait-pas-qui et c’est parti !

Les Insouciants : Pourquoi avoir choisi « Chaud » comme titre de ton album?

Luce: Alors « Chaud », C-H-A-U-D, c’est une expression que j’utilise beaucoup. Je dis souvent « Je suis hyper chaude de faire ça » et ça veut dire « Je suis très motivée pour faire ça ». Alors ça se conjugue pas sinon ça fait « Je suis trop chaude » et ça n’a plus du tout le même sens ! Il y a aussi le fait que ma voix est vachement chaude, vachement ronde sur cet album, vachement mise en avant, et ça pourrait aussi décrire une ambiance de voix, de chaleur qui est présente sur cet album.

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La pochette du nouvel album de Luce: Chaud

Donc pas de double sens?

On peut imaginer chaud dans ce sens là avec le titre Le feu au cul. C’est peut-être ça à quoi tu penses, que je suis un peu chaude du cul ? (Rires)

Je n’ai pas dit ça !

(Rires) Oui ça peut-être un double sens, mais ce n’est pas ce que j’ai voulu mettre en avant en disant ça. Mais c’est vrai que finalement ça doit être inconscient ! Il y a sûrement des gros liens à faire. C’est très facile de faire des gros liens.

Quels sont les thèmes que l’on retrouve dans ce nouvel opus?

Alors déjà c’est quand même un album de chanson française avec plusieurs thèmes. Moi j’avais besoin d’en aborder certains comme Polka qui évoque une rupture amoureuse, j’avais besoin, aussi, d’avoir une chanson pour ma maman donc Dans ma maman c’est une déclaration pour ma mère. On retrouve souvent des grands thèmes : ça parle beaucoup d’amour, beaucoup de déception, de ruptures… Mais ça parle surtout d’états. C’est quelqu’un qui est assez mélancolique qui chante qui est, en même temps, parfois hyper dans la joie, mais qui grâce à l’humour va arriver à être juste en équilibre et qui ne pas être que dans l’humour ou que dans quelque chose d’hyper sombre et de mélancolique. Grâce à cet album, il y a cette vision d’ensemble: on voit un petit peu de joie ici, un petit peu de tristesse, beaucoup d’amour , un peu de cul, un peu de chaleur. C’est un album qui me permet, dans mon rôle d’interprète, d’aller chercher dans une palette d’émotions qui est assez complète finalement.

Y a-t-il une rupture avec le premier album ? Une continuité ?

J’aime pas trop forcement le mot « rupture », mais en tout cas il y a une évolution tellement flagrante qu’on ne peut pas ne pas en parler. En fait sur le premier album, que j’assume et que j’aime beaucoup… Il faut dire que je suis assez dure avec moi. C’est-à-dire que je ne m’autorise pas de faire des erreurs alors qu’il faut prendre le temps et se dire « Ah oui, là j’ai fait une erreur » et l’assumer, la digérer. Moi je ne suis pas tendre avec moi, et c’est vrai que sur le premier album je me trouvais vachement démonstrative. Aujourd’hui avec du recul, je vois que j’étais beaucoup trop dans la démonstration, j’essayais vraiment d’en faire beaucoup mais j’étais aussi comme ça à l’époque. Tandis qu’aujourd’hui j’ai l’impression d’être plus sobre, de m’être recentrée sur l’essentiel. C’est pas vraiment une rupture parce que j’ai quand même l’impression d’être toujours la même, de raconter toujours les choses qui me font vibrer parce que je suis une fille qui est vivante, parce que j’aime la vie, parce que je suis pleine d’émotions. Donc ça, ce fil là, il est toujours le même mais je me suis quand même vachement affinée dans un style musical.

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C’est vrai que quand on regardait La Nouvelle Star… Alors désolé on n’allait pas aborder La Nouvelle Star car cela doit être lassant à la longue…

Non pas du tout, franchement pas du tout !

Très bien, alors oui, il y avait l’histoire de la fille qui se présente à l’audition pour la blague… Bon avec la télévision on ne sait pas si c’est vrai…

Si si c’était vrai! (Rires)

Donc tu arrives, le délire…

Ah le gros délire !

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Et puis au final c’est super beau, le jury est très content ! Donc il y a ce côté nonchalant au début, et puis dès les épreuves suivantes tu es, d’un coup, très sérieuse. Alors oui, comme tu dis, tu étais très dans la démonstration, mais pas dans le mauvais sens. C’est comme si tu avais quelque chose à prouver ou dire « Regardez, je suis pas là pour rien ».

C’est clair, à partir du moment où j’ai vu que je pouvais intéresser et que je pouvais m’épanouir en chantant je n’ai plus rien lâcher.

Mais tu continuais quand même à dire, même à la fin, que tu reprendrais tes études d’infirmière !

Ce qui est vrai c’est que je me suis présenté pour faire une blague, ça c’est vrai, mais au fur à mesure que j’avançais je me suis toujours dit « C’est encore une blague ». Et je crois que c’est ce côté « blague » qui au bout d’un moment ne m’a pas du tout rendu légitime. Même moi, face à moi, je me disais « Mais Luce t’es une blague, il faut que t’arrête ». J’avais l’impression de prendre la place de quelqu’un et ça je l’ai mal vécu.

C’est très bizarre et en même temps ce n’est pas étonnant : à chaque fois que tu étais sélectionnée ou que tu recevais des compliments du jury ou du public, tu t’excusais presque d’être là !

Ah oui, je me suis excusée ! Sur le premier album, en promo, je me suis excusée. Je ne pouvais pas dire pourquoi j’étais là et j’étais vraiment perturbée par la situation. Du coup la légitimité arrive avec ce deuxième album et c’est vraiment un poids en moins. C’est tellement génial de se dire… Alors je ne me prends toujours pas au « sérieux », mais je crois en mon travail et ça c’est quand même beaucoup plus agréable. J’ai toujours beaucoup de recul sur moi-même, beaucoup d’humour parce que j’en ai besoin pour fonctionner et parce que « au secours » les gens qui se prennent toujours au sérieux. Donc j’ai besoin d’être ludique, peut-être de mettre mal à l’aise les gens, de les faire rire, de les faire pleurer. Je suis toujours pas sérieuse dans un certain sens mais en même temps aujourd’hui en tout cas j’ai ma place. J’ai raison d’être là, à cette place là, et c’est trop cool de travailler comme ça.

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Comment ton travail avec Mathieu Boogaerts fonctionne t-il?

Alors notre relation est plutôt fusionnel, car ça fait déjà 4 ans qu’on se connaît. On s’est rencontré sur le premier album. On avait co-écrit deux titres (Ndlr: J’me fume et Élise). Moi j’ai beaucoup d’admiration pour lui. Alors je ne dis pas ça de tout le monde, je ne suis pas lèche-cul du tout. Quand vraiment je n’aime pas quelqu’un, j’en parle pas. Et Mathieu c’est quelqu’un de formidable, c’est quelqu’un qui m’a dit d’y croire, qui m’a dit « Mais qu’est-ce que tu chantes bien. J’adore ta naïveté, ton côté provincial. Tu mets parfois les deux pieds dans le plat, c’est génial ». Il m’a redonné une confiance en moi, une confiance artistique, et ça je trouve que c’est formidable. Surtout, il m’offre un bel album et la relation est plutôt saine. En fait c’est assez équilibré, c’est-à-dire qu’à partir d’un moment où on décide de faire un album ensemble, lui il s’est mis dans le rôle d’auteur, compositeur et réalisateur, et moi je me suis mis dans le rôle d’interprète et cela a a été un ping pong incessant entre nous. J’avais des thèmes que je voulais aborder dans l’album: ma mère, une rupture… Et lui il avait d’autres choses: il m’imaginait dans certaines choses, il m’a idéalisé. Cela a pu donné Malibu, Quitte pas. Cela a été un ping pong et aujourd’hui on part en tournée ensemble. Donc on continue de se découvrir. Quand on faisait l’album on se connaissait, mais pas encore vraiment comme aujourd’hui. C’était assez particulier.

Pourquoi la collaboration avec Philippe Katerine n’a pas continué?

Alors moi j’adore Philippe Katerine. C’est quelqu’un qui a été très marquant dans mon lycée. J’ai eu la chance de travailler avec lui sur le premier album. Alors sur le premier album, j’ai travaillé avec beaucoup de personnes. Beaucoup, beaucoup, beaucoup. Parce que j’en avais envie. Et du coup sur ce second album j’avais besoin de me retrouver en face de quelqu’un, j’avais besoin d’affiner un style, j’avais besoin que quelqu’un me dise « Attends, on va se poser, tu vas digérer ce qu’il s’est passé depuis deux ans dans ta vie et on va voir ce qu’il en est ». Je pense que, voilà, moi j’ai eu envie de travailler avec Mathieu. Et je pense que Philippe Katerine a tellement un univers marqué que c’était compliqué de dire à Mathieu et à Philippe « Tiens, on va peut-être travaillé tous les trois  ». Et puis que lui aussi, à cette période là, il avait peut-être autre chose à faire et puis ça s’est pas fait. Mais c’est quelqu’un que j’écoute beaucoup encore et que j’espère recroisé sur mon chemin artistique rapidement car c’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Je pense qu’on avait besoin Mathieu et moi d’être que tous les deux parce que cet album est né d’une frustration. Sur le premier album il avait écrit 7 titres pour moi et on en avait gardé que 2. Et lui déjà sur le premier album il s’imaginait quelque chose comme ça avec moi. Et donc il m’a dit « Je veux bosser avec toi mais à condition que je fasse tout sur cet album ». Du coup il y avait ce côté: il m’a tout servi sur un plateau, mais attention c’était un plateau en or. Et moi j’étais d’accord pour enfiler le costume de muse et de me dire que je vais me laisser guider par Mathieu. J’aime Philippe Katerine mais là je trouve qu’il n’y avait rien à voir. Il fallait qu’on soit que tous les deux.

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Que sont devenus les titres en trop que Mathieu avait fait?

Oui oui. Il y a Chaussures et Chat doux qui étaient déjà prévus pour le premier album mais qu’on a pas gardé.

Est-ce difficile de s’imposer musicalement?

Je ne réfléchis pas à m’imposer. Peut-être que les gens n’ont pas envie de m’écouter mais j’y vais quand même. Moi ce qui m’intéresse là c’est de faire un bilan. Cet album, il a raison de sortir maintenant. Il n’aurait pas été mieux 6 mois avant ni 6 mois après. J’ai l’impression d’être juste dans mes tons. J’ai l’impression d’avoir fait des choix qui ne sont pas toujours faciles mais je les trouve beaux ces choix. On est absolument pas dans quelque chose de commercial. On a fait de la musique qui nous plait et ça on verra à qui ça parle et à qui ça ne parle pas. On aimerait que ça parle aux gens mais moi cet album me plait et c’est ce qui compte.

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Comme dans le clip de Polka, tu as beaucoup changé de style: de la Nouvelle Star à ton premier album, de ton premier album à ton deuxième album. Pourquoi tout ces changements?

J’ai un style en particulier, mais déjà j’ai une métamorphose physique, on ne peut pas passer à côté. Donc après j’étais beaucoup plus jeune, j’avais 19 ans, j’avais besoin qu’on me voit, que j’entre dans une pièce…

Comme avoir un pins de Maïté?

(Rires) Mais je les ai encore ! Ça me plait mais c’est moins moi aujourd’hui. Aujourd’hui j’ai l’impression d’être un peu plus femme, d’être un peu plus féminine. Je suis encore dans une extravagance, mais je suis dans une extravagance plus juste. Aujourd’hui je peux aussi mettre juste des choses dans lesquelles je me sens bien, chose que je n’étais pas capable de faire avant. Il y a des petites évolutions comme ça. Moi même je ne me trouve pas extravagante en plus. Je le vois seulement car les gens me le disent. Aujourd’hui je me trouve hyper sobre, normale mais apparemment non car la tête qu’ils (Ndlr: les gens du label) ont fait quand ils ont vu mon chignon. Je ne m’en rends compte. Mon style est en lien avec ma musique, mon image est liée à ma musique. J’ai une couleur, des formes qui font que quand on écoute ma musique, c’est dommage de se passer du visuel.

Pour le troisième album il y aura encore une nouvelle transformation?

Je sais pas, mais je pense qu’on évolue tous. Je pense que déjà depuis le début de l’interview je ne suis pas la même. Tu vois ce que je veux dire. On a tous des évolutions. Si dans 5 ans je re-sors un album, je pense qu’il sera comme je suis dans 5 ans à tel moment pendant l’enregistrement. C’est comme une photo un album. « Cette année, voilà, Luce, elle était comme ça, avec cette photo là…  ».

Y a t-il deux Luce: une Luce sur scène et une Luce de la vie de tous les jours ?

Je suis pareil. Mon prénom c’est Lucie, mon nom d’artiste c’est Luce. Donc au travail on m’appelle Luce et dans ma vie on m’appelle Lucie. Il y a des gros traits, des fils conducteurs qui sont les mêmes entre les deux. Par contre effectivement Luce est beaucoup plus patiente que Lucie. Moi dans ma vie je suis d’une impatience !

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Mais le fait que tu parles comme ça montre bien qu’il y a deux personnages.

Oui. Par exemple avant d’entrer sur scène Mathieu il a aucun rituel. Il monte comme il était dans la journée, il prend sa gratte et il arrive. Moi, par exemple, je suis obligée de prendre une douche pour enlever ce que j’étais un peu dans la journée. Je me mets une tenue vraiment particulière qui signifie que je vais monter sur scène, j’ai un make-up particulier. Sur scène c’est moins Lucie que Luce. C’est Luce qui existe. Après c’est pas du tout un état schizophrénique, mais effectivement il y a une légère différence.

Merci Luce !

Crédit Photo: Paul Rousteau
Propos recueillis par Martin Vienne

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Retrouvez Luce en tournée dans toute la France :

07 Mars: La Grange Tournan, En Brie
08 Mars: Chapelle, Vendome
09 Mars: La Nouvelle Ève, Paris
16 Mars: La Nouvelle Ève, Paris
19 Mars: Maison De La Culture, Tournai
20 Mars: Nancy, Nancy
23 Mars: La Nouvelle Ève, Paris
25 Mars: El Médiator, Perpignan
27 Mars: Forum Jacques Prévert / Salle Juliette Greco, Carros
28 Mars: Le Radiant, Lyon
04 Avril: Namur, Namur
10 Avril: Le Cuizines, Chelles
17 Avril: Trianon Transatlantique, Sotteville Lès Rouen

 

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Une réflexion sur “[Interview] Un peu de chaleur avec Luce

  1. Elle a raison de se créer un petit rituel et un personnage même s’il est proche d’elle-même. Je pense que ça aide à dédramatiser et prendre un peu de distance avec les aspects de son métier qui pourraient être très casse-gueules à la longue pour le mental.

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