[Interview] Conversation avec Manu

« Ce n’est pas parce que les tempos ne sont pas speed et les guitares ne sont pas à onze que c’est pas rock ! »

Manu couv

A l’occasion de la sortie de son nouvel album, La Vérité le 4 décembre dernier, Manu nous a gentiment accordés un peu de son temps pour répondre à nos questions ce même jour, tandis que la salle du Gibus se préparait à recevoir la chanteuse pour sa Release Party.

Tenki Ame était un album un peu spécial, de type ovni, dans ce que tu as pu faire jusqu’à maintenant. Il y a une collaboration avec le dessinateur Niko Hitori qui se poursuit depuis cet EP (visuel de l’album La Vérité), y en aura-t-il d’autres ?

Manu : J’espère bien, parce que je suis assez fidèle avec les gens avec qui je travaille. Mais des fois, ils ne sont pas toujours disponibles pour travailler avec moi ou alors nos chemins, et nos projets diffèrent. Niko Hitori, ça fait un moment que je suis ce qu’il fait, je suis très fan, donc, quand il y a eu la parenthèse enchantée de l’EP Japonais, on a tout de suite pensé à lui. Par contre, je ne savais pas s’il serait ouvert à changer un peu de genre parce que je lui ai demandé quelque chose de très précis pour La Vérité. Ça devait être un noir et blanc, correspondre à la musique, avec du mouvement. Je voulais un trait beaucoup moins doux que pour l’EP. Ça l’a beaucoup excité. Il a écouté les démos à l’époque, il a été inspiré et il a fait ça très vite. L’idée, c’est que, de toute façon, ma tête, je ne l’ai jamais mise du temps de Dolly, donc je ne vais pas commencer maintenant. On s’en fout un peu, et ça ne va pas aller en s’améliorant en plus (rires), donc le fait que ce soit un dessin je suis vraiment fan !

Peu de temps s’est écoulé entre Mon étoile, L’EP Tenki Ame et La Vérité. Comment se déroule l’écriture de l’album, et les tournées aident-elles dans le processus ?

Non pas trop parce qu’avec l’EP Japonais, on n’a pas vraiment tourné. En plus, on était plutôt en formation électro-acoustique. On avait incorporé de la harpe, du violoncelle et on a fait quelques concerts comme ça. On s’est fait plaisir avec une formation complètement différente, ce qui a du m’aider à avoir envie d’entendre des grosses guitares je pense. C’était très bien et je pense que j’aimerais bien mener de front les deux formations, parce que la version acoustique avec la harpe et le violoncelle ça permettait d’aller à l’essentiel, c’était très dépouillé, alors que la version électrique ça envoie…. il me faut les deux ! Ce serait l’idéal !

Comment s’est passée la composition après ? Je me suis enfermée toute seule chez moi et j’ai branché la guitare. Je l’ai mise à fond (rires). J’avais enregistré mon batteur, Nirox (Thierry Ndlr), avec deux micros et je l’avais fait jouer pendant une demi-heure. Ensuite, j’ai découpé toutes ses parties pour m’en servir de base pour chaque chanson en fait. Son jeu m’inspire beaucoup. J’ai trituré ses parties dans tous les sens à ma petite sauce et puis j’ai composé comme ça.

Pourquoi être revenue aux sources après avoir créer un univers bien à soi en solo ?

La dernière étoile, pour moi, c’était pas un album calme. J’ai jamais compris pourquoi on me disait « oui, elle s’éloigne du rock  ! » Il est résolument rock cet album ! Ce n’est pas parce que les tempos ne sont pas speed et les guitares ne sont pas à onze que c’est pas rock quoi ! Mais il est vrai qu’on me le dit souvent.

Je ne devais sans doute pas être prête. J’avais besoin d’aller ailleurs. Avec Dolly, j’avais fait ça pendant quatre albums, donc j’avais envie d’aller explorer ailleurs. Puis là, l’envie est devenue d’autant plus forte, puisque, justement, pendant un an je n’ai fait que des concerts acoustiques. Donc c’est vrai que, quand je me suis retrouvée toute seule, ça a été le défouloir ! Mais il y a quand même une chanson qui comporte harpe et violoncelle (ndrl Je pense à toi) pour faire une petite pause dans l’album. Et c’est le moment magique, un petit bijou.

« C’est la violence des mots, la violence physique et qu’on pense qu’avec un petit bisou, ou un petit cadeau, on rattrape tout, mais non. »

 

Sur le titre Un baiser dans le cou, nous avons eu l’impression d’écouter un texte très fort sur la violence conjugale, quel était ton ressenti en l’écrivant, que voulais-tu raconter ?

C’est ça, violence conjugale, ou pas d’ailleurs. La violence des mots… Comme je suis une femme, on va souvent parler de ça, mais c’est la violence des mots, la violence physique et qu’on pense qu’avec un petit bisou, ou un petit cadeau, on rattrape tout mais non. C’était pour jouer avec le mot (cou/coup ndlr), mais ce n’est effectivement pas qu’un jeu de mots. C’est ce que tu as dit, si on veut l’entendre bien sûr, parce qu’un texte a souvent plusieurs lectures. Mais là, je pense que c’est assez direct quand même comme propos.

Pourquoi ton choix s’est-il porté sur une reprise de Teenage Kicks de The Understones plutôt qu’un autre groupe/une autre chanson ?

Je fais très rarement des reprises. Je crois que c’est la première fois que j’en fais d’ailleurs. Même avec Dolly, je ne suis pas certaine qu’on en ait fait ou pas beaucoup… Pas en album en tous cas. C’est une chanson que Patrick (Giordano ndlr) écoute et m’a fait découvrir. Je connaissais inconsciemment en fait mais je ne pouvais pas citer The Understones… Mais j’étais fan de cette chanson. Pour cet album, je me suis replongée dans pleins de trucs que j’écoutais avant, les Ramones, Understones, même les Rubettes, les Pixies, Sonic Youth

J’ai fait une chanson qui s’appelle Bollywood et je me suis rendue compte que les accords étaient les mêmes que ceux de Teenage Kicks, donc pour être en accord avec moi-même, je me suis dis que j’allais rendre hommage au morceau qui avait inspiré l’autre. C’était pas évident car je suis tellement fan de la voix du chanteur, puis… en fait je savais pas que cette chanson touchait autant de gens. Depuis qu’on l’a fait, les gens nous disent « C’est ma chanson préférée ! » Donc voilà, je suis contente de pouvoir partager ça. Il n’y a pas de calcul du tout et je suis contente parce que les gens adorent cette chanson !

Comment en es-tu venue à collaborer avec Gladys Hyrtis Hulot pour les Lames ajoutées au titre Amoureuse ?

Grâce à Facebook. Un ami que l’on a en commun a posté sur sa page ou m’a envoyé un lien, je ne sais plus, et j’ai pu entendre ce qu’elle faisait et la voir. Moi, je suis carrément fan de cet instrument-là et j’avais mis dans un petit coin de ma tête que si j’avais envie et besoin de ce son, j’avais moyen de la contacter. Je l’ai contactée, on a échangé nos numéros, c’était très simple. Je lui ai envoyé le morceau, elle a joué dessus et voilà, ça c’est fait tout seul. Elle est géniale cette fille ! Et du coup, elle s’est même impliquée graphiquement. J’étais fan de son clip de street art qu’elle a fait sur Bowie (voir ci-dessous). Je lui ai demandé de me faire la typo de La Vérité, donc c’est elle qui l’a fait gentiment.

Nous avons pu voir certaines de tes collaborations sur scène, Damien Jarry, Christophe Saunière, Laurent Duval, et Carole Leconte, est-ce que nous aurons cette chance avec Gladys, Pat Kébra  ?

Je voulais que pour le concert parisien il y ait la harpe, le violoncelle, la lame, et les larsens de Pat Zébra, mais là, la scène est trop exiguë. Cependant, c’est prévu pour la prochaine scène parisienne. On prend le temps de faire venir les invités et Gladys, j’aimerais beaucoup. Après, il faut que les calendriers concordent.

Il y a quelques jours est sorti le clip Toi et Moi, tu avais déjà collaboré avec Julien Patrice sur le clip de La Vérité. Comment en êtes-vous venus à travailler ensemble autour de cet album et d’où vous est venue l’idée d’un scénario aussi décalé ?

C’est entièrement Julien Patrice, le réalisateur, et son crew, parce qu’en fait il a monté un crew qui s’appelle Human Centiprod. Et effectivement, on avait fait La Vérité ensemble. Je lui ai donné complètement carte blanche sur Toi et Moi. Ce qui était drôle c’est que je lui ai dit: « on fait La Vérité en live, comme ça moi après je suis tranquille, parce que j’aime pas les clips ». C’est comme la photo, voir ma tête, j’en vois pas l’intérêt. Je préfère qu’on m’écoute. Il m’a très bien filmée en live, donc j’étais contente. C’est comme avec Niko Hitori, j’aime bien qu’après les gens continuent leur travail. D’ailleurs, il est en train de cogiter la suite de Toi et Moi. Et donc, comme je lui ai dit « le prochain clip, je ne serai pas dedans, ou alors tu me donnes un truc où j’ai rien à faire », j’ai tout gagné là ! (Rires) J’ai gagné l’expérience de « ma vie », de pouvoir voir ce qu’il se passe quand on est dans un cercueil, dans une église et que les proches viennent au-dessus de toi… c’était très très étrange ! Quand ils sont venus prendre mes mensurations aussi pour le cercueil, c’était un grand moment. Je me suis bien faite avoir, mais le résultat en vaut vraiment la peine.

Sur Toi et Moi, tu as invité plusieurs guitaristes à interpréter la chanson et la compléter par un Solo (pour l’opération le Solo de l’Infini). Crois-tu que la musique devrait se tourner vers un mode de diffusion plus interactif ?

Plus il y aura d’interactivité avec la musique, plus intéressant ce sera. C’est vrai que l’idée du Solo de l’Infini, je suis très contente de l’avoir eue. Enfin, l’idée d’inviter des potes à faire des fins alternatives; au début j’en voulais juste deux, trois pour faire un petit bonus pour la sortie de l’album. Et puis en fait, à force d’inviter des potes, on s’est retrouvé avec tellement de retours positifs qu’on s’est dit c’est infini. D’où le nom, parce qu’on ne sait pas quand ça va s’arrêter. Du coup, l’idée du concours, c’est Patrick qui l’a eue. On est complémentaire dans le label. On est que deux donc… (rires) Il m’a dit : « ce serait intéressant de l’ouvrir au public pour que eux-aussi puissent s’amuser à le faire ». Du coup, on s’est lancé dans le jeu. On va faire gagner de jolis lots, et puis, si la personne a envie de venir jouer sur scène… C’est ça qui est génial !

Moi, je suis très émue. Je reçois des versions différentes. Des gens à qui j’ai demandé, j’ai un solo de cornemuse, de la harpe… J’ai aussi demandé à Gladys un solo de lames. Et puis le concours, les gens qui envoient leurs participations, c’est émouvant parce qu’il n’y en a pas un qui a fait la même chose sur, je sais pas, une cinquantaine ? Pas un qui a fait la même chose ! C’est énorme ! Je suis trop fière de ce projet ! L’interactivité, là on y est. On est tous en train de chercher des moyens de diffuser la musique de manières différentes. Regarde dans les voitures, il n’y a même plus de CD, donc maintenant c’est l’échange, le partage !

« C’est un super projet. Parce que Disney fait la même chose mais ils disent que c’est eux qui l’ont inventé mais c’est pas vrai ! C’est français ! »

Nous nous demandions qui choisissait tes premières parties. Y a-t-il une volonté de promouvoir ton entourage ?

Au départ, forcément, on va proposer à des amis. On aime bien aussi ce qu’ils font et ça peut s’y prêter. Après, il y a des salles – ça dépend qui organise – qui aiment bien proposer, et c’est bien aussi de découvrir. La tournée que l’on est en train de faire est bien représentative parce qu’il y a de tout. Il y a des gens que j’ai invités moi, directement. Il y en a aussi qui m’ont demandé et que je ne connaissais pas, par Facebook. Hier à Rennes, c’était Moonya, et c’est une demande qu’elle m’a faite par Facebook. J’ai pas toujours le temps d’écouter ou d’aller voir tout ce qu’on m’envoie, mais quand c’est une fille, j’y vais un peu plus vite ! (rires) Mais c’est bien tombé puisque, hier, on ne pouvait pas faire de changements de plateau et elle jouait toute seule. C’était super son set, une belle découverte. Puis ce soir, bah, c’est Boris (Jardel ndlr). C’est vrai qu’on va demander aux proches d’abord, et on laisse l’opportunité aux scènes locales dans d’autres villes de pouvoir aussi s’exprimer. Ça fait de belles rencontres, c’est toujours agréable de découvrir, et puis là, Boris, c’est parce que je suis la marraine de Supervision 3. (rires)

Nous avons vu que tu avais participé au projet du Cahier de Dessin Animé Les Contes d’Andersen, peux-tu nous en dire plus ?

C’est un super projet. Déjà, l’idée est géniale ! Moi, ma partie, ce sont les musiques de fond du dessin. Le projet c’est : un cahier de coloriage pour les enfants ou les adultes. Il faut télécharger l’application gratuite quand on achète le cahier. On prend la photo du dessin et ça s’anime. Et moi, j’ai fait la petite musique qu’il y a derrière l’application. C’est un super projet. Disney fait la même chose mais ils disent que c’est eux qui l’ont inventé mais c’est pas vrai ! C’est français ! (rires) C’est Claire Faÿ ! Et pour répondre à ta question, Claire m’a invitée parce c’est Charlotte Lumière, mon ancienne assistante chez Tekini Records, qui s’occupe de la promotion des Cahiers de Dessin Animé.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des Cahiers de Dessin Animé par ici

Retrouvez Manu sur les routes en 2016 :

5 mars : Festival Bouge ta Foire – Loroux Bottereau (44)
30 avril : Festival ROCK EN STOCK – Châlon-en-Champagne (51)
28 mai : Festival 100 Milv’ault – Ault (80)
5 août : Festival ROCK AU CHÂTEAU – Héricourt (70)

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